Goma : la Fondation BiEster et la MONUSCO veulent renforcer la résilience des femmes face aux conflits
Le 31 juillet 2025, à la veille de la Journée internationale de la femme africaine, la Fondation BiEsther, en collaboration avec la section Genre de la MONUSCO, a organisé un atelier de renforcement des capacités à l’intention d’une trentaine de femmes issues de différentes organisations locales. Cette activité, tenue dans un contexte de profonde crise sécuritaire et humanitaire dans le Nord-Kivu, avait pour but de renforcer le leadership féminin et la résilience dans un environnement marqué par l’insécurité et les violences basées sur le genre.
La Journée internationale de la femme africaine, célébrée chaque 31 juillet, ne se limite pas à une simple commémoration symbolique. À Goma, elle s’est transformée en une plateforme d’éveil des consciences et de mobilisation des femmes face aux défis socio-politiques et sécuritaires qu’elles traversent au quotidien. L’atelier organisé par la Fondation BiEsther visait à inciter les femmes à devenir des actrices actives dans la construction de la paix, en dépit de leur vulnérabilité dans une région durement touchée par la guerre.
Selon Mignonne Zaina Chaupanga, directrice de la Fondation BiEsther, la femme reste souvent la première victime des conflits armés : veuvage, déplacement, pauvreté, violences sexuelles, traumatisme... autant de réalités qui affectent la majorité des femmes du Nord-Kivu. « Aujourd’hui, nous avons voulu que les femmes issues de différentes couches sociales puissent réfléchir ensemble sur la question de paix. Pourquoi cette guerre persiste-t-elle ? Et quelle est la part de la femme dans cette guerre ? », a-t-elle déclaré.

La Fondation BiEsther, engagée depuis plusieurs années dans l’accompagnement psychosocial, l’autonomisation économique et la promotion des droits des femmes en zone de conflit, s’appuie sur des stratégies concrètes pour éveiller les consciences féminines et encourager la participation active des femmes dans les processus de paix.
L’atelier a notamment mis en avant la résolution 1325 des Nations Unies, qui insiste sur l’importance de la participation des femmes dans la prévention et la résolution des conflits, dans les négociations de paix, ainsi que dans les efforts de reconstruction. « De nombreuses femmes ont peur de participer aux mécanismes de protection mis en place. Nous avons donc mis l’accent sur l’importance de leur implication, malgré les intimidations », a expliqué Nathalie Koné, de la section genre de la MONUSCO.
Transformer la peur en résilience
Les témoignages recueillis au cours de l’atelier ont révélé une peur persistante chez les femmes de Goma. Une peur enracinée dans les violences récurrentes, les intimidations, et les traditions socioculturelles qui tendent à réduire la femme au silence. « Ce que j’ai ressenti dans tous les témoignages, c’est cette peur constante des femmes à se rassembler, à parler, à dénoncer. Mais il faut briser ce silence », a insisté Mignonne Zaina Chaupanga.
Malgré cela, plusieurs femmes ont exprimé leur détermination à ne pas se laisser vaincre. L’une d’elles a raconté comment elle est intervenue au marché de Goma pour empêcher un combattant du M23 de frapper un jeune conducteur de tricycle. « J’ai bravé la peur pour plaider en sa faveur », a-t-elle confié, illustrant la résilience dont peuvent faire preuve les femmes même dans les situations les plus tendues.
Un autre aspect central de l’atelier fut l'autonomisation économique. Une femme économiquement indépendante est mieux armée pour faire entendre sa voix, défendre ses droits, et résister aux violences. Les participantes ont bénéficié de formations pratiques sur l’entrepreneuriat local, notamment la fabrication de savon ou d’huile, comme l’a souligné Gisèle Mushamalirwa de l’association FUPRODI : « Nous apprenons à entreprendre et c’est ça qui fait notre force ».
Pour les membres de la Fondation BiEsther, il est crucial que les femmes ne soient pas seulement des bénéficiaires passives de l’aide, mais qu’elles deviennent des actrices autonomes de leur propre développement. Cette autonomisation est indissociable de leur rôle dans la construction d’une paix durable.

La Journée internationale de la femme africaine est perçue par les participantes non seulement comme une journée de reconnaissance, mais surtout comme une journée de combat. « Depuis 1962, cette journée nous rappelle que la femme ne doit pas rester les bras croisés. Elle doit lutter pour ses droits, pour la paix et participer aux décisions qui la concernent », a rappelé Mignonne Zaina Chaupanga.
À l’issue de l’atelier, un consensus s’est dégagé : voir les femmes de Goma se lever, parler, s’organiser et œuvrer pour une paix inclusive. Les participantes ont exprimé leur satisfaction quant à l’accompagnement de la Fondation BiEsther et le soutien de la MONUSCO. « J’ai retenu que la femme leader doit être claire, debout, visible. Elle ne doit pas se cacher si elle veut promouvoir la paix », a conclu Gisèle Mushamalirwa.
Dans un contexte où la guerre continue de faire rage dans l’est de la RDC, l’atelier organisé par la Fondation BiEsther et la MONUSCO rappelle que les femmes, au-delà de leur souffrance, sont aussi des bâtisseuses de paix. Et que pour que cette paix soit durable, elle doit se faire avec elles et, surtout, par elles.