« Ce n'est pas parce qu'on est derrière les barreaux, que la vie s'est arrêtée, ou qu'on ne peut plus être utile à la communauté ou à la société », lance d’emblée Flore Rosine Mboule, cheffe d’équipe de l’unité d’appui à l’administration pénitentiaire de la MONUSCO à Bunia, dans la province de l’Ituri.
Dans le cadre de son engagement pour améliorer les conditions de détention dans les prisons du pays, la MONUSCO a organisé samedi 10 janvier une formation à l’entrepreneuriat au profit des détenus de la prison centrale de Bunia. L’objectif est de faciliter leur réinsertion sociale une fois sortis de prison.
Utiliser efficacement le temps libre
Organisée sous le thème « Comment transformer le temps en argent en milieu carcéral ? », la session a réuni une soixantaine de détenus, dont onze femmes, dans la grande salle d’audiences construite par la MONUSCO dans l’enceinte de cette prison.
Cette maison carcérale héberge actuellement 2 172 détenus, dont une cinquantaine de femmes.
« Il faut rappeler que nous sommes en janvier, période de résolutions pour la nouvelle année. Mais pour les détenus, c'est plus un temps de découragement et de lamentations que de résolutions. Cette formation, d'abord, c'est pour leur remonter le moral, en renforçant leurs capacités en développement personnel, notamment en matière de gestion du temps et de valorisation productive des compétences », explique Flore Rosine Mboule.
« Ensuite, poursuit-elle, c’est pour leur montrer comment ils peuvent utiliser le temps libre qu’ils ont en prison pour préparer leur avenir. »
Les participants ont été invités à identifier leurs talents et centres d’intérêt, à apprendre la gestion efficace du temps, à découvrir des activités génératrices de revenus et à adopter une mentalité positive axée sur l’effort et la responsabilité.
« Hier est passé. Demain est un mystère, nul ne sait de quoi il sera fait. Aujourd'hui est un cadeau : n'attendons pas de sortir de la prison pour commencer à réfléchir à l'avenir, c'est maintenant qu'il faut le faire », fait savoir un autre membre de l’équipe de la MONUSCO qui s’est adressé aux détenus.
Des perspectives concrètes
Pour le colonel Camille Nzonzi, directeur de la prison centrale de Bunia, cette initiative est essentielle. Il annonce que son établissement étudie la possibilité d’offrir à ses pensionnaires des formations à certains métiers qu’ils peuvent exercer quand ils seront libérés.
« C'est pour préparer les détenus à la réinsertion sociale une fois sortis de prison, pour être en mesure de se prendre en charge, au lieu d'être dépendants. Nous allons mener des plaidoyers auprès de nos partenaires pour obtenir des moyens matériels et financiers, afin d’activer certaines formations en métiers : menuiserie, coupe et couture, maçonnerie, électricité, peinture, soudure… De sorte qu'ils quitteront la prison avec des connaissances pratiques qui leur permettront de s'insérer dans la société et d'éviter la récidive », explique le colonel Nzonzi.
« Nous sommes très contents de cette formation, qui nous a permis d’identifier nos potentialités et nos compétences. Nous allons suivre des formations qui nous permettront, une fois sortis de prison, de mettre en pratique ce que nous aurons appris ici. Ce qui me permettra de générer des revenus et de subvenir aux besoins de ma famille, d’avoir une occupation, et de ne plus commettre le même délit qui m’a envoyé ici », note, optimiste, un détenu.
Sarah, 30 ans, détenue préventive depuis trois mois, n’a pas attendu cette formation pour agir. Elle gère une petite table de vente dans la cour de la prison :
« J'utilise mon temps pour vendre ici. Je vends pour quelqu’un. En retour, je reçois de temps en temps un peu d'argent ou de la nourriture. Mais ça m'a donné des idées : le jour où je sortirai, peut-être qu'en trouvant un peu de moyens, je pourrais avoir ma propre boutique et subvenir aux besoins de mes quatre enfants. Au lieu de rester les bras croisés, je préfère mettre à profit mon temps ici pour préparer mon avenir. »
Jean-Tobie Okala








