
La protection des civils est au cœur du mandat de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO). Dans sa résolution 2808 (2025), le Conseil de sécurité a réaffirmé que la protection des populations civiles dans la zone de déploiement de la Mission constitue l’une de ses priorités stratégiques, aux côtés du soutien à la mise en œuvre des objectifs de la résolution 2773 (2025) et de la stabilisation ainsi que du renforcement des institutions de l’État en République démocratique du Congo.
La protection des civils incombe au premier chef au Gouvernement congolais. Toutefois, conformément à son mandat, la MONUSCO est autorisée à prendre toutes les mesures nécessaires, dans les limites de ses capacités, de sa zone d’opérations et sans préjudice de la responsabilité première de l’État, pour assurer une protection efficace, rapide, dynamique et intégrée des civils menacés de violences physiques. La résolution 2808 rappelle également que la zone d’opérations de la Mission est limitée au Nord-Kivu et à l’Ituri, à l’exception des activités nécessaires à l’appui de la surveillance et de la vérification du cessez-le-feu au Sud-Kivu lorsque les conditions le permettent.
À la MONUSCO, la protection des civils n’est pas uniquement une tâche militaire. Elle est une responsabilité qui concerne l’ensemble de la Mission : composantes civile, militaire et policière. Cette approche intégrée signifie que la protection passe à la fois par la présence dissuasive sur le terrain, par les patrouilles, par les opérations de protection physique, mais aussi par les bons offices, la médiation locale, le plaidoyer politique, le dialogue avec les communautés, l’appui à l’État de droit, la lutte contre les discours de haine et les campagnes de désinformation, ainsi que le renforcement des mécanismes d’alerte précoce. La résolution 2808 demande explicitement à la MONUSCO d’utiliser ses bons offices, d’appuyer ou d’entreprendre des initiatives de médiation locales et de plaidoyer au niveau national pour prévenir l’escalade de la violence et contrer les discours de haine et les campagnes de fausses informations et d’informations falsifiées.
Concrètement, la MONUSCO met en œuvre son mandat de protection des civils de plusieurs manières. Elle maintient un déploiement préventif et une présence mobile, flexible, robuste et efficace, en particulier dans les zones à haut risque. Elle prend des mesures pour prévenir, dissuader et faire cesser rapidement les attaques contre les civils, y compris par des opérations unilatérales ou conjointes avec les forces de sécurité congolaises, dans le strict respect du droit international humanitaire et du droit international des droits de l’homme. Elle atténue également les risques auxquels les civils sont exposés avant, pendant et après toute opération militaire ou policière, notamment en surveillant et en limitant autant que possible les dommages causés aux civils.
La Mission travaille aussi avec le Gouvernement congolais, les acteurs humanitaires et les communautés pour identifier les menaces, renforcer les plans communs de prévention et d’intervention et améliorer la coopération civilo-militaire. Une attention particulière est portée aux civils regroupés dans les camps de déplacés et de réfugiés, aux manifestants pacifiques, au personnel humanitaire, aux défenseurs des droits humains, ainsi qu’aux femmes, aux enfants et aux personnes en situation de handicap exposés à des violations des droits humains, à des violences sexuelles et fondées sur le genre ou à d’autres formes de violence. La résolution 2808 insiste aussi sur l’importance d’intégrer pleinement les questions de protection de l’enfance, de genre et de violences sexuelles liées au conflit dans toutes les activités du mandat.
La MONUSCO contribue également à créer un environnement protecteur en soutenant les capacités nationales de protection et de sécurité. Cela inclut l’appui à la réforme du secteur de la sécurité, au renforcement des institutions chargées de la justice et de la sécurité, à la responsabilisation des forces nationales, à la lutte contre l’impunité, à la protection de l’enfance, ainsi qu’à la participation pleine, égale, véritable et sûre des femmes aux efforts de paix et de sécurité. La résolution 2808 souligne en outre que le retrait progressif de la Mission doit s’accompagner d’un renforcement simultané de la présence et des capacités de l’État afin d’éviter tout vide sécuritaire et d’assurer une protection efficace des civils.
Tous les acteurs de la Mission ont un rôle à jouer dans cette mise en œuvre. À cet égard, des personnels spécialisés, notamment les conseillers pour la protection des civils, les conseillers pour la protection de l’enfance et les conseillers pour la protection des femmes, appuient la Mission dans la planification, la coordination, le suivi, l’analyse des menaces et l’intégration transversale des questions de protection. Leur rôle est essentiel pour veiller à ce que la protection des civils reste prioritaire dans l’utilisation des capacités et ressources disponibles, comme l’exige le Conseil de sécurité.
La mise en œuvre de ce mandat demeure toutefois particulièrement complexe. La MONUSCO opère dans un environnement marqué par la présence de multiples groupes armés, la persistance de violences intercommunautaires, les déplacements massifs de population, la dégradation de la situation humanitaire, la multiplication des discours de haine, ainsi que les restrictions d’accès et les menaces asymétriques. La Mission doit également agir dans les limites de ses capacités, dans un contexte de transition et de retrait progressif, tout en maintenant un environnement protecteur et en appuyant les autorités congolaises à assumer progressivement leurs responsabilités.
En définitive, la protection des civils à la MONUSCO est un effort collectif, organisé et prioritaire. Elle repose sur la responsabilité première de l’État congolais, sur le mandat confié par le Conseil de sécurité, sur la mobilisation de toutes les composantes de la Mission, sur la coopération avec les autorités nationales, les acteurs humanitaires et les communautés, ainsi que sur un engagement constant pour prévenir la violence, protéger les populations menacées et contribuer aux conditions d’une paix durable en République démocratique du Congo.
