MONUSCO
Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo

Contexte historique et évolution du mandat de la MONUC / MONUSCO en République démocratique du Congo

ONU Photo /Martine Perret Des soldats de la paix patrouillent à Butembo, dans le Nord-Kivu, en République démocratique du Congo, pour assurer la sécurité des communautés locales (photo d'archives).
Des Casques bleus patrouillent à Butembo, dans le Nord-Kivu, en République démocratique du Congo, pour assurer la sécurité des communautés locales (photo d'archives). ONU / ONU Photo /Martine Perret

Origines du conflit et création de la MONUC

Après le génocide perpétré au Rwanda en 1994 et la formation dans ce pays d’un nouveau gouvernement, près de 1,2 million de réfugiés hutus rwandais, parmi lesquels se trouvaient également des éléments impliqués dans les massacres, ont fui vers les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, situées à l’est du Zaïre. Ces régions, déjà caractérisées par des tensions communautaires et des dynamiques politiques complexes, ont rapidement été déstabilisées par l’arrivée massive de populations déplacées et par la présence d’anciens combattants.

En 1996, une insurrection éclate dans l’est du pays et conduit à des affrontements entre les forces dirigées par Laurent-Désiré Kabila et l’armée du Président zaïrois Mobutu Sese Seko. Les forces rebelles de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), soutenues notamment par le Rwanda et l’Ouganda, prennent progressivement le contrôle du territoire et entrent à Kinshasa en mai 1997. Le pays est alors rebaptisé République démocratique du Congo.

Cependant, les tensions régionales et internes persistent. En 1998, une nouvelle rébellion éclate dans les provinces du Kivu contre le gouvernement de Laurent-Désiré Kabila. Ce conflit, souvent qualifié de « deuxième guerre du Congo », implique plusieurs pays africains. Tandis que l’Angola, la Namibie, le Tchad et le Zimbabwe soutiennent militairement le gouvernement congolais, le Rwanda et l’Ouganda apportent leur appui à divers mouvements rebelles, notamment le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD). Le conflit prend rapidement une dimension régionale majeure et provoque une crise humanitaire de grande ampleur.

Face à cette situation, et à la demande du Gouvernement de la République démocratique du Congo, le Conseil de sécurité des Nations Unies décide de déployer une mission de maintien de la paix. Par sa résolution 1279 du 30 novembre 1999, il crée la Mission de l’Organisation des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC). Initialement composée d’observateurs militaires chargés de surveiller le cessez-le-feu prévu par l’Accord de Lusaka, la mission voit progressivement son mandat élargi afin de soutenir le processus de paix et de stabilisation du pays.

Le Secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan nomme l’ambassadeur tunisien Kamel Morjane comme premier Représentant spécial du Secrétaire général pour la MONUC.


Évolution du mandat et consolidation du processus de paix (1999-2003)

Au cours des premières années de son déploiement, la MONUC reçoit un mandat progressivement renforcé par plusieurs résolutions du Conseil de sécurité. Initialement chargée de surveiller le cessez-le-feu et de soutenir la Commission militaire mixte issue de l’Accord de Lusaka, la mission voit ses responsabilités s’élargir pour inclure :

  • l’observation du cessez-le-feu et la vérification du retrait des forces étrangères ;
  • l’appui aux efforts de dialogue politique et de réconciliation nationale ;
  • la facilitation de l’acheminement de l’aide humanitaire ;
  • la surveillance et la promotion du respect des droits de l’homme ;
  • l’assistance aux programmes de désarmement, démobilisation, rapatriement et réintégration (DDR).

Le processus politique progresse avec l’organisation du Dialogue inter-congolais, facilité par les Nations Unies et par l’ancien Premier ministre sénégalais Moustapha Niasse, qui aboutit à la signature de l’Accord global et inclusif en décembre 2002 à Pretoria. Cet accord ouvre la voie à la création, en juin 2003, d’un Gouvernement de transition 1+4, réunissant les principales forces politiques et militaires du pays.

Durant cette période, la MONUC joue un rôle central dans l’accompagnement du processus de transition, en contribuant à la réunification du pays, au rétablissement de l’autorité de l’État, à la réforme du secteur de la sécurité et à la préparation des premières élections démocratiques depuis plusieurs décennies.


Soutien à la transition politique et aux élections (2003-2008)

Entre 2003 et 2008, le mandat de la MONUC se renforce considérablement afin de répondre à la persistance des violences armées et à la nécessité de consolider les institutions congolaises. Le Conseil de sécurité autorise la mission à utiliser tous les moyens nécessaires, dans la limite de ses capacités, pour protéger les civils menacés de violences physiques, une responsabilité qui devient progressivement la priorité centrale des opérations de maintien de la paix en République démocratique du Congo.

Durant cette période, la MONUC apporte un soutien logistique et technique essentiel à l’organisation d’un processus électoral d’une ampleur exceptionnelle. Elle contribue notamment à :

  • l’enrôlement de plus de 25 millions d’électeurs ;
  • l’organisation du référendum constitutionnel de 2005 ;
  • la tenue des élections présidentielle et législatives de 2006 ;
  • l’appui à la consolidation des institutions démocratiques issues du scrutin.

Malgré ces avancées, l’est du pays demeure instable, avec la présence persistante de nombreux groupes armés congolais et étrangers.


Transformation en MONUSCO et consolidation du mandat de stabilisation (2010-2020)

Le 1er juillet 2010, par la résolution 1925 (2010), le Conseil de sécurité décide de transformer la MONUC en Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO). Cette évolution reflète l’entrée du pays dans une nouvelle phase, marquée par la consolidation des institutions et par la nécessité de stabiliser durablement les zones encore affectées par les conflits.

La MONUSCO reçoit alors pour mandat principal :

  • la protection des civils ;
  • l’appui à la stabilisation et à la consolidation de la paix ;
  • l’accompagnement de la réforme du secteur de la sécurité ;
  • le soutien aux institutions de l’État et à l’État de droit.

Face à la résurgence de la rébellion du Mouvement du 23 mars (M23) en 2012, le Conseil de sécurité adopte en 2013 la résolution 2098, qui autorise la création d’une Brigade d’intervention au sein de la MONUSCO. Cette force offensive inédite dans l’histoire du maintien de la paix est chargée de neutraliser les groupes armés menaçant l’autorité de l’État et la sécurité des civils.

Durant la décennie suivante, la Mission continue d’appuyer les autorités congolaises dans la stabilisation du pays, tout en documentant les violations des droits de l’homme et en contribuant à la lutte contre l’impunité.


Vers une transition progressive (2021-2025)

Durant l’année 2021

La MONUSCO poursuit la mise en œuvre de ses deux priorités stratégiques : la protection des civils et l’appui à la stabilisation et au renforcement des institutions congolaises. La Mission continue d’opérer principalement dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où les violences des groupes armés demeurent particulièrement préoccupantes. Parallèlement, les discussions sur l’avenir de la Mission et sur les modalités d’une transition progressive s’intensifient avec le Gouvernement congolais.

Durant l’année 2022

La situation sécuritaire se détériore dans l’est du pays avec la résurgence du M23, entraînant de nouvelles vagues de déplacements de populations et une aggravation de la crise humanitaire. La Mission poursuit ses efforts de protection des civils et de coordination avec les autorités nationales, tout en faisant face à une contestation croissante de sa présence dans certaines zones.

Durant l’année 2023

L’année 2023 marque une étape importante dans les discussions sur le désengagement progressif de la MONUSCO. Les Nations Unies et le Gouvernement congolais conviennent d’une approche fondée sur un retrait graduel, ordonné et responsable, tenant compte de la situation sécuritaire sur le terrain. Dans le même temps, la Mission renforce ses efforts pour contrer les campagnes de désinformation et maintenir le dialogue avec les communautés locales.

Durant l’année 2024

La MONUSCO commence à mettre en œuvre les premières étapes concrètes du plan de transition. La Mission poursuit ses activités de protection des civils et d’appui aux institutions congolaises tout en préparant le transfert progressif de certaines responsabilités aux autorités nationales et aux partenaires du système des Nations Unies.

Durant l’année 2025

L’année 2025 est marquée par une aggravation des tensions sécuritaires dans l’est du pays, notamment avec la prise de Goma par le M23, qui entraîne une détérioration rapide de la situation humanitaire et sécuritaire. Dans ce contexte particulièrement complexe, la MONUSCO continue d’adapter sa posture afin de protéger les civils, soutenir les efforts de stabilisation et maintenir la coordination avec les autorités congolaises et les partenaires internationaux.

Parallèlement, le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme (BCNUDH) poursuit son travail de documentation des violations graves, notamment les violences sexuelles liées au conflit, et continue d’alerter sur les conséquences durables de ces violences pour les populations civiles.


Depuis sa création en 1999, la présence des Nations Unies en République démocratique du Congo a évolué pour répondre aux dynamiques complexes d’un pays confronté à des défis sécuritaires, politiques et humanitaires majeurs.

De la surveillance du cessez-le-feu à l’appui aux processus politiques, de la protection des civils à la stabilisation des régions affectées par les conflits, la MONUC puis la MONUSCO ont accompagné les différentes phases de la transition congolaise.

Entre 2021 et 2025, la Mission est entrée dans une nouvelle phase de son histoire, marquée à la fois par la poursuite de ses responsabilités fondamentales et par la préparation d’une transition progressive vers un retrait ordonné, en étroite coordination avec les autorités congolaises et les partenaires internationaux.

 

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