MONUSCO
Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo

Kinshasa : avec la MONUSCO, les femmes vivant avec handicap plaident pour plus d’égalité et d’autonomie

Une centaine de femmes ont participé à un atelier de sensibilisation sur l’égalité de sexe et les droits des femmes vivant avec un handicap organisé par la section Genre de la MONUSCO. ©Photo Jean-Claude Wenga

«La majorité des bâtiments publics et privés ne sont pas facilement accessibles pour les personnes vivant avec handicap».

Prisca Nsanga est une jeune femme vivant avec un handicap moteur. Depuis l’âge de cinq ans, à cause de la poliomyélite, elle doit recourir à une béquille pour se déplacer. Ce handicap la force à de nombreuses acrobaties pour accéder à des bâtiments publics et privés dans la ville de Kinshasa où elle vit. Son cas est loin d’être isolé.

Le 12 mars 2026, en marge de la célébration de la Journée internationale des femmes, cette question a été évoquée – parmi bien d’autres – au cours de l’atelier de sensibilisation sur l’égalité de sexe et les droits des femmes vivant avec un handicap, organisé par la section Genre de la MONUSCO à Kinshasa.

Pour la responsable de cette section, la question de l’accès des personnes vivant avec handicap aux bâtiments est l’un de nombreux problèmes qui ne favorisent pas l’égalité et l’autonomie des femmes vivant avec handicap.

Une difficulté quotidienne

«Combien d’écoles, d’hôpitaux ou de bureaux de vote disposent de rampe pour faciliter l’accès aux personnes vivant avec un handicap ?», demande Mireille Affa’a Mindzie.

Pour Prisca Nsanga, cette question est à l’origine de nombreuses difficultés que rencontrent au quotidien les personnes vivant avec handicap.

Elle explique que l’accessibilité aux édifices publiques constitue un vrai problème pour les personnes à mobilité réduite notamment à cause du manque de rampe. Pour ce qui est des non-voyants, l’absence de signaux sonores est une grande difficulté quand ils doivent évoluer dans l’espace public.

«Moi-même, je vis cette situation-là au quotidien, témoigne-t-elle. La majorité de bâtiments ne sont pas dotés (ou)/sont dépourvus de dispositif pour personnes vivant avec un handicap. Il y a des bâtiments auxquels je ne sais pas accéder lorsque je suis invitée par une autorité ou pour prendre la parole. C’est très pénalisant. Avec ma béquille, c’est difficile, qu’en est-il des personnes qui doivent se déplacer en fauteuil roulant ?»

Pourtant, la loi est là…

Un décret d’application de la loi sur la protection et la promotion des droits des personnes avec handicap publié en 2024 fait pourtant injonction à l’État et aux privés de prévoir «des aménagements raisonnables pour rendre accessible l’environnement des personnes vivant avec un handicap, toutes catégories confondues, notamment sur le plan des infrastructures, de la communication, de l’information, de l’éducation, des divertissements, des transports, …».

Me Patrick Pindu, également présent lors de l’atelier, insiste pour que ce décret soit appliqué afin de faciliter l’inclusion des personnes vivant avec handicap.

Pour lui, cette barrière a des conséquences fâcheuses notamment dans l’administration de la justice. Des difficultés d’accès peuvent décourager certaines personnes vivant un handicap au moment de saisir des juridictions alors même qu’elles sont dans leur droit.

«Prenons même le cas du siège du Parlement qui défend le peuple. Il n’est pas très accessible pour les personnes vivant avec handicap. L’État doit être plus regardant pour sanctionner les constructeurs quand les dispositifs légaux ne sont pas respectés. Que ce soit dans les écoles, les hôpitaux, les églises, il y a un problème d’accessibilité partout», regrette l’avocat qui dirige la Fédération nationale des associations des personnes vivantes avec un handicap au Congo».

Continuer à faire pression

Prisca Nsanga qui est également vice-président du Conseil national de la jeunesse estime qu’il faut continuer à faire pression pour faire évoluer les mentalités et amener l’État à faire respecter la loi.

Orthoprothésiste, elle voit défiler à l’hôpital où elle travaille, de nombreuses personnes vivant avec handicap qui se plaignent de ne pas avoir accès à des services de base.

Le directeur de cabinet de la ministre en charge des Personnes vivant avec handicap reconnaît le problème, affirmant que des efforts sont en train d’être faits pour faciliter l’accès des personnes vivant avec un handicap à des bâtiments publics et privés.

Philibert Sesanga fait notamment savoir que des inspections sont en train d’être menées pour faire respecter la loi.

Comme le fait remarquer la responsable de la section Genre à la MONUSCO, «les femmes vivant avec handicap sont plus vulnérables en cas d’abus». Il importe que l’accès aux services publics, notamment leur soit facilité.

C’est l’un des plaidoyers menés pour plus d’égalité et d’autonomie au cours au cours de l’atelier de sensibilisation sur l’égalité de sexe et les droits des femmes vivant avec un handicap.