MONUSCO
Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo

Nord-Kivu : à Butembo, les communautés plaident pour la reprise du dialogue avec la MONUSCO

À Butembo, les communautés plaident pour la reprise du dialogue avec la MONUSCO
À Butembo, les communautés plaident pour la reprise du dialogue avec la MONUSCO ©MONUSCO

À Butembo, ville située à 54 km de Beni, dans la province du Nord-Kivu, la section des Affaires civiles de la MONUSCO a organisé du 15 au 16 mai 2026 une session de rapprochement visant à renforcer la collaboration entre la société civile, les autorités locales, les leaders communautaires, les jeunes et le leadership féminin.

Intitulée « Session de rapprochement et renforcement de collaboration de la société civile de Butembo avec les autorités, les leaders communautaires, la jeunesse, le leadership féminin et leurs partenaires pour la protection des civils, la cohésion sociale, la promotion de la paix et la cohabitation pacifique », cette initiative marque une première depuis août 2022 dans cette ville qui avait alors connu des violences anti-MONUSCO conduisant au désengagement partiel de la Mission dans la zone.

Au total, 89 participants, dont 18 femmes, ont pris part à ces échanges. Parmi eux, des représentants des autorités locales et provinciales, des organisations non gouvernementales, des structures de la société civile, des leaders communautaires et religieux, des organisations de jeunesse, des représentants de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), des mouvements citoyens, des universités et instituts supérieurs, ainsi que des groupes vulnérables.

À Butembo, les communautés plaident pour la reprise du dialogue avec la MONUSCO
À Butembo, les communautés plaident pour la reprise du dialogue avec la MONUSCO

Restaurer la confiance

Cette rencontre visait trois objectifs principaux : relancer le dialogue entre les acteurs locaux, renforcer la confiance entre la MONUSCO, les autorités et la population, et encourager l’appropriation du mandat de la Mission tel que défini par la résolution 2808 du Conseil de sécurité des Nations Unies.

« Nous sommes dans une nouvelle dynamique : il faut avancer. La MONUSCO demeure le partenaire de l’Etat congolais ; et nous, populations congolaises, avons besoin de bénéficier des services de l’Etat et de ses partenaires ; voilà pourquoi nous pensons que le moment est arrivé pour enterrer la hache de guerre, et reconstruire la confiance, regarder devant, réparer ce qui n’a pas marché… Mais aussi, marcher ensemble pour le bénéfice de la paix dans notre région. C’est pourquoi nous avons pensé qu’il fallait limiter cette distance avec la MONUSCO, il faut maintenant nous parler, dans un dialogue franc, constructif », a déclaré Yves-Célestin Kabambi Kananga, responsable de la Synergie des groupes de pression et mouvements citoyens de la ville de Butembo.

Pour sa part, la MONUSCO a souligné que cette initiative s’inscrit dans la mise en œuvre de son mandat, notamment dans le contexte du suivi du cessez-le-feu dans la zone de Lubero, où Butembo constitue un point stratégique de transit.

Un contexte sécuritaire et social préoccupant

Considérée comme le poumon économique de la partie Nord du Nord-Kivu, la ville de Butembo traverse une période de fortes tensions sécuritaires. La prolifération des armes légères, les violences récurrentes et la méfiance entre la population et les forces de sécurité ont contribué à fragiliser le tissu social.

Ces dynamiques ont un impact majeur sur la vie quotidienne des habitants, marquée par une insécurité persistante et un sentiment d’impuissance face à la dégradation de la situation. Dans ce contexte, la restauration de la confiance apparaît comme un impératif pour relancer les efforts de stabilisation et de développement.

Promouvoir une coexistence pacifique

Pendant les échanges, les participants ont insisté sur l’importance de l’unité, du dialogue et de la responsabilité collective.

« Le contexte sécuritaire que nous traversons exige aujourd’hui plus que jamais l’unité, le sens de la responsabilité collective et le dialogue permanent entre toutes les composantes de la société. Les menaces sécuritaires persistantes, les déplacements des populations, le discours de haine, les manipulations communautaires et les violences sous toutes leurs formes constituent des obstacles majeurs à la stabilité et au développement de notre province. Face à cette réalité, aucune institution, aucune organisation ni aucune communauté ne peut agir seule », a déclaré le vice-gouverneur du Nord-Kivu, le commissaire divisionnaire adjoint Louis-Second Karawa.

Le Chef de Bureau de la MONUSCO à Beni a, quant à lui, réaffirmé l’ouverture de la Mission aux critiques constructives.

« Tenons-nous la main, regardons-nous en face, parlons-nous, protégeons cette population », a lancé Abdourahamane Ganda, mettant en garde contre la désinformation et les discours de haine.

Pour un nouveau départ…

À l’issue de ces assises, plusieurs recommandations ont été formulées, notamment :

  • Le retour de la Radio Okapi dans la région ;

  • L’achèvement des projets communautaires en suspens ;

  • Le renforcement des capacités des forces de sécurité ;

  • Le redéploiement de la MONUSCO dans certaines zones ;

  • Le renforcement de la collaboration entre les habitants, les autorités et la Mission onusienne.

« Il est désormais question de regarder dans la même direction, d’oublier le passé, mais aussi de voir dans quelles mesures panser les blessures provoquées lors des évènements de 2022… On voudrait marcher désormais ensemble, pour l’avènement de la paix et de la sécurité dans notre région… Nous, leaders communautaires de la ville de Butembo, prenons l’engagement de commencer à dialoguer avec la MONUSCO (…) de manière confiante pour reconstruire la confiance qui était déjà brisée », a souligné Yves-Célestin Kabambi.

Pour conclure, le président de la société civile de Butembo, Mathe Saanane, a fait remarquer que « cet atelier rentrait dans un processus de collaboration et de dialogue avec la MONUSCO, dont la présence doit être capitalisée au profit de la protection des civils et la stabilisation », comme l’ont souligné les autorités.

Il a mis en garde contre les dangers de la désinformation, appelant à vérifier les informations, y compris auprès des sources officielles.

Jean-Tobie OKALA