À Fataki, dans le territoire de Djugu en Ituri, les premières lueurs du jour révèlent chaque matin l’ampleur des déplacements de population provoqués par l’activisme des groupes armés. Sous la protection des Casques bleus, des centaines de familles installées sous des bâches et dans des abris précaires tentent néanmoins de reconstruire un quotidien autour de la base de la MONUSCO.
C’est dans ce contexte que, le 6 février 2026, une délégation des États membres siégeant à la Cinquième Commission de l’Organisation des Nations Unies, chargée des questions budgétaires, administratives et financières, s’est rendue à la base du contingent népalais de la MONUSCO à Fataki pour rencontrer les Casques bleus, les autorités locales et les populations déplacées, et évaluer les besoins ainsi que l’impact de la Mission en matière de protection des civils.
Une base de la MONUSCO comme lieu de refuge
Depuis plusieurs mois, les affrontements armés le long de l’axe routier Lodda–Djaiba–Fataki ont contraint de nombreuses personnes à fuir leurs villages. En janvier 2026, environ 5 500 civils ont trouvé refuge à proximité de la base onusienne de Fataki. Dans le groupe, on compte environ 1 900 femmes et 1 400 enfants, cherchant protection auprès des Casques bleus népalais.
« Nous sommes reconnaissants envers les Casques bleus de la MONUSCO pour la protection dont nous bénéficions », a déclaré l’un des représentants des déplacés.
« Grâce à leur présence, » a-t-il ajouté,« nos enfants peuvent dormir en sécurité et nous pouvons accéder aux champs sans craindre pour nos vies. Nous espérons que cet appui se poursuivra jusqu’à ce que la paix soit définitivement rétablie. »
Jean-Baptiste Banga, déplacé à Lodda, abonde dans le même sens : « Sans la MONUSCO, il serait difficile de vivre dans ces sites. Même pour aller aux champs, nous avons besoin de leur protection. Nous demandons surtout le désarmement des groupes armés afin que nous puissions rentrer chez nous et reprendre une vie normale.»
Cette demande d’une paix durable qui permettrait à chaque famille de rentrer dans son village et reconstruire une vie chamboulée par la violence armée revient dans toutes les bouches.

Des efforts opérationnels renforcés
Situé à l’est de la province de l’Ituri, le territoire de Djugu s’étend sur une superficie d’environ 8 730 km² et abrite près de trois millions d’habitants. Depuis plusieurs années, cette zone est affectée par l’activisme de groupes armés, notamment CODECO [Coopérative pour le développement du Congo] et CRP [Convention pour la Révolution Populaire], provoquant de déplacements massifs de la population civile, de pertes en vies humaines et de graves violations des droits humains.
Face à ces défis, la MONUSCO, en coordination avec l’armée congolaise, a intensifié sa présence. En 2025, plus de 5 600 patrouilles ont été menées dans la zone de responsabilité du contingent népalais en Ituri, dont près de 800 patrouilles conjointes, afin de sécuriser les axes routiers, les marchés, les écoles et les lieux de culte.
C’est cet appui de la mission onusienne qu’a salué l’administrateur du territoire de Djugu, Ruffin Mapela : « Nous saluons la MONUSCO pour son appui opérationnel et sécuritaire dans le territoire de Djugu. Globalement, grâce aux efforts conjoints de la MONUSCO et des FARDC [Forces armées de la RDC], la situation se stabilise progressivement, même si des poches de tension persistent, notamment à Bule, où des affrontements opposent encore les CRP aux FARDC. »
« D’autres groupes armés sont aujourd’hui quasiment inactifs depuis les accords d’Aru I et II, le processus de paix local soutenu par les autorités et la MONUSCO », a-t-il poursuivi.
L’administrateur du territoire a également mis en avant la coordination opérationnelle existante à travers les patrouilles mixtes avec les militaires congolais ainsi que le renforcement du système d’alerte communautaire, permettant une réponse plus rapide en cas de menace des groupes armés.
Un engagement au-delà du volet sécuritaire
Au-delà des opérations militaires, la MONUSCO met en œuvre plusieurs projets à impact rapide dans ses zones d’intervention, notamment la réhabilitation de routes, la construction de ponts et l’installation de lampadaires solaires à Lodda, Djaiba, Pimbo et Gina. Ces initiatives ont bénéficié à plus de 140 000 personnes, contribuant à améliorer la mobilité, la sécurité nocturne et la relance des activités économiques et sociales.
Dans les sites de déplacés de Lodda et Djaiba, les populations plaident pour un retour sécurisé dans leurs villages, une accélération du processus de désarmement et un renforcement de l’assistance humanitaire.
En Ituri, la MONUSCO poursuit son engagement aux côtés du Gouvernement congolais et des communautés locales pour protéger les populations et créer les conditions d’une stabilité durable.
-Didier Vignon Dossou-Gbakon


















