« Croyez en vous et en vos qualités. Être une femme n’est pas un crime. Vous pouvez aussi réussir là où certains hommes ont réussi ».
Ces messages ont été diffusés à travers l’Ituri à l’occasion du lancement du Mois de la Femme, une période dédiée à la promotion des droits des femmes et à la lutte contre les violences basées sur le genre. Depuis le début du mois de mars, les différentes composantes de la MONUSCO — Police des Nations Unies, Force et sections civiles — multiplient les activités de sensibilisation pour encourager la participation des femmes à la vie sociale et communautaire, tout en renforçant leur protection ainsi que celle des enfants.
Une situation alarmante
Les derniers chiffres publiés par le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme (BCNUDH) révèlent une tendance préoccupante : 542 violations et atteintes aux droits humains documentées en novembre 2025, soit 28 % de plus que le mois précédent. Neuf cas sur dix ont été enregistrés dans des zones affectées par les conflits armés — Nord-Kivu, Sud-Kivu, Ituri — et concernent majoritairement les femmes et les enfants. Le BCNUDH estime même que ces statistiques sont probablement en dessous de la réalité.
En Ituri, la Coordination provinciale de l’Association des femmes juristes du Congo fait état d’un autre chiffre alarmant : 27 000 cas de violences sexuelles et basées sur le genre enregistrées en 2025, contre 13 000 en 2024. Une progression fulgurante qui illustre l’ampleur de la crise.
Les femmes en Ituri sont confrontées à des violences de toutes sortes : mariages forcés, viols, violences domestiques, humiliations, brimades et restrictions, dépendance économique imposée, violences psychologiques, violences physiques, féminicides…, et depuis peu : violences numériques, facilitées par les technologies numériques et les réseaux sociaux. Ces formes de violence fragilisent profondément les survivantes, sur les plans psychologique, physique, social et économique.
La MONUSCO en appui aux communautés
Pour appuyer les efforts des autorités et des partenaires, les Casques bleus déployés à Gina dans le territoire de Djugu ont réuni cette semaine les représentantes de l’Association pour l’Espoir de la Femme de Gina (AEFG). Les échanges ont porté sur les défis liés à l’éducation, la culture et la santé dans la région.
Partout en Ituri, d’autres actions de sensibilisation ont eu lieu : à Bunia, Katoto, Bayoo, Rhoe, Arr, Seseli, ainsi qu’à Komanda, dans le territoire d’Irumu. Des centaines de femmes y ont été informées de leurs droits, de la résolution 1325 du Conseil de sécurité sur la participation des femmes dans la prévention des conflits, et de leur rôle dans la quête de paix.
À Seseli, une vingtaine de femmes ont été sensibilisées et une centaine d’autres ont bénéficié de consultations médicales gratuites.
À Komanda, plus de 250 femmes ont participé à une session sur la paix et la protection de leurs droits, saluant l’initiative comme un appui essentiel dans un contexte où les femmes restent les premières victimes des violences perpétrées par des groupes armés.
« Il y a une lueur d’espoir »
Pour Jeanna Alasha, actrice engagée pour les droits des femmes, les signaux positifs commencent à émerger :
« Nous, femmes de l’Ituri, voyons une lueur d’espoir. Nous devons soutenir le gouvernement, la MONUSCO et les partenaires pour consolider cette paix. Avant, le 8 mars, nous nous habillions en noir. Aujourd’hui, nous portons le vert et le blanc pour dire qu’il y a de l’espoir. Les femmes constatent le changement, même si elles ne le disent pas toujours ».
Les actions se poursuivront tout au long de ce mois consacré à la promotion des droits des femmes, dans l’espoir d’inverser durablement la tendance et de renforcer le rôle des femmes dans la construction d’une paix durable en Ituri.
Jean-Tobie Okala












