MONUSCO
Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo

En Ituri, les Casques bleus forment des jeunes à des métiers pour les éloigner des groupes armés

Job skills training in Ituri
Trained by UN peacekeepers, Sheylah Nyembo — a 23-year-old student — currently manages three agricultural farms. ©MONUSCO Photo Didier Vignon DOSSOU-GBAKON

Dans une province de l’Ituri encore marquée par les conséquences de la violence armée et le chômage, les formations professionnelles organisées par le contingent bangladais de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) offrent de nouvelles perspectives pour les jeunes et contribuent à transformer des vies.

Ces dernières années, de nombreux jeunes de la province ont appris de métiers et un savoir-faire qui leur ont permis d’intégrer le monde professionnel dans un environnement où les opportunités d’emploi sont limitées.

Conduite d’engins lourds, techniques agricoles, informatique, mécanique, électricité, anglais, réparation de téléphones portables, maintenance de réfrigérateurs et de groupes électrogènes, etc.

À travers l’apprentissage de métiers pratiques et la promotion de l’entrepreneuriat, ces initiatives offrent à de nombreux jeunes une alternative concrète à l’oisiveté, à la pauvreté et aux risques de recrutement par des groupes armés.

«De nouveaux horizons»

Pour Ismael Issa Lema, 35 ans, marié et père de huit enfants, cette opportunité a été déterminante.

« Je demande aux jeunes de ne pas se décourager. La vie est certes très difficile, mais il y a diverses formations organisées çà et là, notamment par la MONUSCO, qui permettent d’ouvrir de nouveaux horizons. C’est mon cas : grâce à une formation que j’ai suivie à la fabrication de savons, je suis aujourd’hui devenu célèbre dans la ville de Bunia, jusqu’à Drodro. Des gens quittent la ville pour venir acheter mon savon ici, parce qu’il est de très bonne qualité », raconte-t-il avec fierté.

Ancien agriculteur, Ismael a dû abandonner son activité à cause de l’insécurité qui sévissait dans son village de Walu, situé à une quarantaine de kilomètres de Bunia. Sans emploi stable et confronté aux difficultés de nourrir sa famille, il s’est tourné vers la formation professionnelle.

Avant de rejoindre le programme de la MONUSCO, Ismael avait déjà suivi plusieurs formations à Beni, dans la province du Nord-Kivu, ainsi qu’en ligne auprès d’une structure basée au Bénin. Toutefois, c’est au camp de la MONUSCO de Ndoromo, dans la périphérie de Bunia, qu’il estime avoir acquis les compétences qui ont véritablement changé sa trajectoire.

« Les formations que j’avais suivies auparavant étaient plutôt sommaires et me permettaient seulement de fabriquer du savon solide. Grâce à la formation organisée par la MONUSCO, j’ai appris l’entrepreneuriat et je sais aujourd’hui fabriquer du savon liquide en plus des savons en barre. Cette formation a augmenté mes capacités et m’a ouvert de nouvelles portes. J’étais démoralisé après avoir quitté mon village à cause de la guerre, sans savoir comment subvenir aux besoins de ma famille », explique-t-il.

Aujourd’hui, dans sa petite unité de production située dans le Quartier Kazunga à Bunia, Ismael prépare quotidiennement des commandes destinées à des clients venus de plusieurs localités de l’Ituri.

Mais son histoire est loin d’être un cas isolé.

Depuis 7 ans, des centaines de jeunes filles et garçons participent aux formations organisées par les Casques bleus bangladais de la MONUSCO.

Prévenir l’insécurité en créant des opportunités

Au-delà de l’acquisition de compétences, ces formations poursuivent plusieurs objectifs : favoriser l’insertion socio-économique des jeunes, réduire leur vulnérabilité face aux groupes armés et contribuer à la lutte contre la criminalité liée au chômage et à l’exclusion. Dans une province où de nombreux jeunes peinent à accéder à un emploi, ces programmes constituent une réponse aux défis socio-économiques qui alimentent parfois l’instabilité.

Parmi les bénéficiaires figure également Sheylah Nyembo Saukira, parlementaire des jeunes de l’Ituri et étudiante en Master Genre et Famille à l’Université de Goma. Elle a fêté son 23e anniversaire le 17 juillet et elle est devenue une entrepreneure agricole dynamique grâce aux connaissances acquises lors d’une formation organisée par la MONUSCO. Rencontrée dans l’une de ses exploitations agricoles du quartier Police des Frontières à Bunia, elle se souvient du regard qu’elle portait autrefois sur le secteur agricole.

« Toute petite, je pensais que l’agriculture était destinée aux personnes qui n’étaient pas allées à l’école. En grandissant, j’ai découvert son importance et sa capacité à sortir les gens de la pauvreté. Lors de la formation à la MONUSCO, nous avons appris les techniques culturales, la préparation du sol, ainsi que les méthodes de culture du haricot, du concombre, du maïs, des aubergines ou encore de la tomate. Avant cette formation, je ne connaissais pratiquement rien à l’agriculture », explique-t-elle.

L’autonomie économique comme moteur de changement

Les résultats obtenus par Ismael et Sheylah illustrent l’impact concret de ces formations sur le quotidien des bénéficiaires. Pour Ismael, l’activité de fabrication de savon est devenue une véritable source de revenus pour sa famille.

« Chaque jour, je fabrique un carton de 25 savons en barre. Mon chiffre d’affaires hebdomadaire atteint environ 125 dollars américains, soit près de 500 dollars par mois. La moitié représente mon bénéfice. Cet argent me permet d’envoyer mes enfants à l’école, de payer leurs soins de santé, de les habiller et d’aider ma famille », affirme-t-il.

Le développement de son activité lui a même permis d’acquérir deux motos ainsi qu’un tricycle utilisé pour la livraison de ses produits. De son côté, Sheylah gère aujourd’hui trois exploitations agricoles : une à Bunia et deux autres, d’un hectare chacune, vers Komanda et Mambasa.

« Les revenus issus de mes récoltes me permettent de vivre convenablement. Selon les saisons, je peux gagner 300 000 francs congolais [environ 130$], parfois 500 dollars américains ou davantage par récolte. Cela me permet de financer mes études, de répondre à mes besoins personnels en tant que jeune fille, et de ne plus dépendre financièrement de mes parents. J’ai même ouvert une petite alimentation où je vends des boissons », raconte-t-elle avec satisfaction.

Devenir des modèles pour d’autres jeunes

Forts de leurs expériences, Ismael et Sheylah encouragent aujourd’hui d’autres jeunes à suivre leur exemple et à saisir les opportunités de formation qui s’offrent à eux.

Pour Sheylah, l’agriculture représente une voie particulièrement prometteuse :

« Je demande aux jeunes de se lancer dans l’agriculture. C’est une filière porteuse qui permet de sortir rapidement du chômage et de la pauvreté. En quelques mois seulement, il est possible de récolter, vendre sa production et générer un revenu. C’est préférable à l’oisiveté qui expose les jeunes à de nombreux dangers », souligne-t-elle.

Le chef de la Division provinciale de la Jeunesse et Éveil patriotique de l’Ituri, Jean-Bosco Uzele Upio, salue également l’impact positif de ces initiatives :

« Ces formations organisées par la MONUSCO à travers son contingent bangladais permettent de renforcer les capacités de nos jeunes afin qu’ils deviennent utiles à la société. La jeunesse doit profiter de cette opportunité tant qu’elle existe encore. Depuis 2019, ces Casques bleus forment gratuitement des jeunes dans plusieurs métiers. Cela contribue à réduire le chômage et à empêcher certains jeunes de rejoindre les groupes armés », déclare-t-il.

L’impact du programme dépasse souvent les bénéficiaires directs. Grâce aux compétences acquises auprès de la MONUSCO, Ismael est devenu à son tour formateur. « Ne vous découragez pas », lance-t-il à l’endroit des jeunes de l’Ituri.

Avec l’appui de la MONUSCO, il affirme avoir déjà formé 125 autres jeunes à la fabrication de savon, aussi bien dans la ville de Bunia qu’à Drodro, dans le territoire de Djugu.

À travers ces parcours, les formations professionnelles soutenues par la MONUSCO démontrent qu’en investissant dans les compétences et l’autonomisation économique des jeunes, il est possible de renforcer la résilience des communautés tout en contribuant à la paix et à la stabilité en Ituri.

Jean-Tobie Okala