Du 22 au 26 juin 2026, la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), à travers sa Section d’Appui à la justice, a organisé à Beni une session de formation de cinq jours à l’intention de six magistrats et officiers de police judiciaire (OPJ).
Cette initiative visait à renforcer leurs capacités en matière d’identification, d’extraction et de préservation des preuves électroniques. Cette activité s’inscrit dans le cadre des efforts continus de la MONUSCO visant à appuyer le renforcement de l’Etat de droit et à répondre aux défis croissants liés au traitement des infractions impliquant des éléments de preuve numérique. Face à l’évolution rapide des technologies de l’information et de la communication, les systèmes judiciaires sont confrontés à des transformations profondes dans la nature des enquêtes et des preuves.
En effet, une part significative des données utiles aux investigations est désormais stockée sur des téléphones mobiles, des ordinateurs, des applications de messagerie, des réseaux sociaux ainsi que divers dispositifs et systèmes numériques. Dans le même temps, les auteurs d’infractions ont de plus en plus recours à ces technologies pour dissimuler leurs activités illicites, rendant les procédures d’enquête plus complexes et exigeantes. Dans ce contexte, le renforcement des capacités des acteurs judiciaires, en particulier ceux relevant de la justice militaire, apparaît essentiel. Il s’agit de leur permettre de développer des compétences techniques adaptées à l’identification, à la collecte, à l’analyse et à la conservation des preuves électroniques, tout en garantissant le respect strict des normes légales et procédurales.
Au cours de la formation, les participants ont approfondi leur connaissance du cadre juridique applicable aux preuves électroniques. Ils ont également été formés aux techniques d’acquisition de données à partir de dispositifs mobiles, ainsi qu’à l’utilisation d’outils spécialisés pour la documentation, l’analyse et la présentation de preuves numériques recevables devant les juridictions compétentes.
Le colonel-magistrat Yoma Mukoko Appolinaire, substitut de l’auditeur supérieur militaire du Nord-Kivu, a souligné l’importance de cette formation : « Les cinq jours de formation ont été tellement bénéfiques. C’est pourquoi je tiens vraiment à remercier les organisateurs pour cette formation pertinente. Nous avons appris à utiliser le logiciel d’analyse Autopsy des supports numériques pour chercher à identifier, à récolter, à extraire tous moyens de preuve nécessaire à la manifestation de la vérité. Et aussi, l’importance de cette formation est que même une preuve qu’on a dénaturée, qu’on a déformée, on peut arriver à la reconstituer et l’extraire ».
Il a, en outre, mis en exergue la pertinence de ces acquis dans le traitement des dossiers liés aux crimes commis dans un contexte sécuritaire complexe, notamment par certains groupes armés : « Le travail de la justice militaire est un travail pénal : nous faisons la répression des crimes et surtout des crimes graves. Dans cette province de la République, comme vous le savez, le taux de criminalité est élevé, avec beaucoup de scènes d’insécurité due aux M23, ADF, et autres groupes armés. Aujourd’hui par exemple, les ADF utilisent la cybercriminalité, le blanchiment des capitaux et des moyens digitaux. Alors, pour arriver à asseoir des preuves, il faut vraiment connaitre toutes ces techniques d’analyses criminelles et d’analyses numériques. »
À travers ce type d’initiatives, la MONUSCO réaffirme son engagement à accompagner les autorités congolaises dans le renforcement des capacités institutionnelles et opérationnelles du système judiciaire, afin de mieux lutter contre la criminalité sous toutes ses formes, y compris celles liées à l’usage des technologies numériques.
Jean-Tobie OKALA












