« Nous avons besoin de la MONUSCO pour que notre territoire retrouve la sécurité », a déclaré Mungeni Yuma, coordonnateur de la Société civile/Forces vives du territoire de Mambasa, situé à 174 kilomètres à l’ouest de Bunia, dans la province de l’Ituri.
Pour cet acteur clé de la société civile, la présence des Casques bleus de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) demeure essentielle, en appui aux Forces de défense et de sécurité congolaises, afin de restaurer la stabilité dans cette partie du pays longtemps affectée par des violences armées.
Un contexte marqué par une résurgence de l’insécurité
Après plus de deux années d’accalmie relative, le territoire de Mambasa fait face, depuis le début de l’année, à une dégradation de la situation sécuritaire. Cette détérioration est notamment attribuée à la présence des membres du groupe des Allied Democratic Forces (ADF), contraints de se replier depuis le territoire voisin de Beni, au Nord-Kivu, sous la pression des opérations militaires. Selon des sources sécuritaires locales, ces éléments armés ont mené plusieurs incursions meurtrières dans différentes localités, notamment Muchacha, Babesoa, Bafwakoa et jusqu’à Mambasa-centre, causant la mort de plus de 150 civils.
La désinformation à l’origine des tensions
Il y a quelques mois, des manifestations hostiles à la MONUSCO avaient été observées dans la zone, principalement alimentées par des campagnes de désinformation diffusées sur les réseaux sociaux. Certains jeunes accusaient la Mission onusienne d’être impliquée dans l’insécurité.
Pour Mungeni Yuma, ces tensions résultaient d’un déficit d’information : « C’était de la sous-information. Nous-mêmes, leaders communautaires, n’avions pas été suffisamment sensibilisés pour accueillir la MONUSCO, et les jeunes non plus », a-t-il expliqué.
Il souligne qu’un travail de sensibilisation approfondi a depuis été mené, permettant de corriger ces perceptions erronées : « Aujourd’hui, cette sensibilisation a eu lieu. La MONUSCO est déjà installée chez nous, dans le groupement de Nyangwe, village de Bavalakaniki. Ensemble, nous allons accompagner ce partenaire du Gouvernement ».
Une mission de proximité pour rétablir la confiance
Dans ce contexte, une mission pluridisciplinaire de la MONUSCO a séjourné à Mambasa-centre depuis le 23 juin. L’objectif est de renforcer la communication avec les communautés locales et de clarifier le mandat de la Mission.
Au cours de cette mission, les équipes onusiennes ont consulté un large éventail d’acteurs : organisations de la société civile, associations de jeunes, organisations féminines, professionnels des médias ainsi que les autorités politico-administratives. Ces échanges visent à rétablir le dialogue avec les populations, renforcer la collaboration civilo-militaire, et encourager la participation communautaire dans les efforts de protection des civils.
« Grâce à l’arrivée de la MONUSCO qui va appuyer les FARDC et les UPDF, nous avons bon espoir que Mambasa sera sauvée de cette situation », a affirmé Mungeni Yuma.
L’engagement renouvelé de la jeunesse
Les jeunes leaders locaux reconnaissent également le rôle déterminant de la désinformation dans les tensions passées avec la MONUSCO. À l’issue des séances de sensibilisation, ils se sont engagés à promouvoir une collaboration constructive avec la Mission et les forces de sécurité.
« C’est très important de lutter contre la désinformation, parce qu’elle peut faire échouer n’importe quelle mission », a souligné Hemedi Omba, président du Conseil territorial de la jeunesse de Mambasa.
Il a notamment dénoncé les rumeurs infondées ayant circulé au sein de la communauté autour de la MONUSCO : « On a prétendu que la MONUSCO livrait des machettes aux ADF ou alimentait l’insécurité. Ces fausses informations ont conduit certains jeunes à bloquer ses déplacements ».
Grâce aux efforts conjoints de sensibilisation, une évolution notable des perceptions a été observée : « Après explication et dialogue, les jeunes ont compris que ce qu'ils entendaient n'avait rien à voir avec la réalité. Nous avons même adressé une lettre pour inviter officiellement la MONUSCO à revenir à Mambasa ».
Vers un partenariat renforcé pour la protection des civils
Au terme de ces consultations, la MONUSCO et les communautés locales ont convenu de renforcer leur coopération en matière de protection des civils. Parmi les mesures concrètes annoncées figure la mise en place d’un numéro d’alerte précoce destiné à faciliter la remontée rapide d’informations sécuritaires. Cette initiative vise à améliorer la réactivité face aux menaces et à renforcer la coordination entre la population, les forces de défense et la Mission.
Lutter contre la désinformation et les discours de haine
La mission se conclura par une session dédiée à la lutte contre la désinformation et les discours de haine, réunissant divers acteurs communautaires, notamment : des jeunes leaders, des représentants d’associations féminines, des membres de la société civile, des administrateurs de groupes WhatsApp, et des professionnels des médias.
Tous s’accordent sur la nécessité de combattre ce phénomène qui a longtemps fragilisé la relation entre la MONUSCO et les populations locales, compromettant ainsi les efforts collectifs en matière de stabilisation.
Les échanges engagés à Mambasa traduisent une volonté commune de dépasser les incompréhensions du passé pour construire un partenariat solide, fondé sur la confiance, la transparence et la responsabilité partagée.
À travers ce rapprochement, la population de Mambasa réaffirme son engagement à jouer un rôle actif dans la promotion de la paix et la protection des civils, aux côtés de la MONUSCO et des autorités nationales.
Jean-Tobie OKALA














