« Je l’accepte avec une profonde reconnaissance, empreinte de gratitude et d’humilité ». Ce sont les premiers mots du sergent Matias Reyes de la MONUSCO qui a reçu ce vendredi 5 juin 2026 la Médaille Mbaye Diagne.
Cette distinction créée par les Nations unies pour reconnaître les militaires, policiers et personnels civils faisant preuve d’un courage exceptionnel dans l’exercice de leurs fonctions est décernée cette fois à un casque bleu qui a fait preuve d’un grand courage en janvier 2025 pour secourir des militaires congolais blessés qui tentaient de trouver refuge dans une base de la MONUSCO.
En service à Goma, le sergent Matias Reyes n’était pas présent à New York pour recevoir lui-même des mains du Secrétaire général des Nations unies la médaille. C’est l’un de ses compatriotes de la Mission permanente de l’Uruguay auprès de l’ONU qui l’a représenté.
« Pour tout soldat uruguayen engagé dans les opérations de maintien de la paix, recevoir une telle reconnaissance constitue un honneur exceptionnel et une source de fierté dans l’accomplissement de notre mission », confiait l’heureux récipiendaire quelques heures avant la cérémonie.
Le silence, puis le chaos…
Les événements pour lesquels le sergent Reyes est décoré remontent à janvier 2025. Le casque bleu uruguayen est témoin de violents affrontements entre les Forces armées congolaises et le groupe armé Mouvement du 23 Mars (M23).
Le sergent, issu du 14e Bataillon d’infanterie parachutiste et des Forces d’opérations spéciales de l’armée uruguayenne, possède une solide expérience acquise à travers plusieurs formations spécialisées, notamment en contre-terrorisme, parachutisme, opérations commando et natation tactique de combat. Mais ce 27 janvier 2025, c’est avant tout son sens de l’humanité qui a guidé son action.

Le sergent Matias Reyes, originaire d'Uruguay, recevra la médaille Mbaye Diagne des Nations Unies le 5 juin.
Il se souvient d’un moment de silence. Puis, « quelques minutes plus tard, le chaos a commencé ». « Il y avait beaucoup de bruit des tirs, des véhicules », se souvient le sergent Reyes.
De violents affrontements opposent alors les Forces Armés de la République Démocratique du Congo (FARDC) et les éléments du M23 qui tentent de prendre le contrôle de la ville de Goma.
Face à l’intensité des combat, un plan de défense du bataillon est immédiatement activé. Les Casques bleus prennent position afin de sécuriser la base onusienne et venir en aide à toute personne dans le besoin.
Très vite, des militaires congolais blessés et désarmés commencent à affluer vers la base de la MONUSCO où est déployé le sergent Reyes et ses camarades.
« Nous nous sommes assurés qu’ils soient protégés et nous leur avons prodigué les premiers secours. Trois postes de secours ont été installés à l’intérieur de la base afin de prendre en charge les blessés, tandis que d’autres Casques bleus distribuaient de l’eau et tentaient de rassurer les hommes traumatisés par les combats », raconte le nouveau médaillé.
Dehors, les combats s’intensifient. Secourir des militaires devient plus périlleux. Sous la direction du commandement de l’unité et des différents niveaux hiérarchiques de la Force, un plan est mis en œuvre. Profitant des courtes accalmies entre les échanges de tirs, les Casques bleus réussissent à extraire progressivement les soldats congolais afin de les mettre en sécurité.
« La situation s’est rapidement compliquée lorsque plusieurs soldats sont restés piégés dans des barbelés et des tirs d’artillerie, principalement des mortiers, se sont intensifiés. Nous avons décidé d’effectuer des évacuations à chaque accalmie, Bien que ce fût une décision risquée, nous les avons soigneusement évacués en toute sécurité », se souvient le sergent Reyes.
« Nous n’avons fait que notre devoir »
Faisant preuve d’initiative, de détermination et d’un profond sens du devoir, il a porté sur ses épaules et évacué vers un endroit sûr, à l’intérieur de la base, 12 militaires congolais blessés grièvement, s’exposant directement aux tirs.
Mais le sergent Reyes n’en tire aucune fierté personnelle.
Nous n’avons fait que remplir notre devoir et notre engagement. Être Casque bleu signifie se tenir aux côtés des personnes en danger et soutenir ceux qui ont besoin d’aide, même dans les moments les plus difficiles
Il insiste surtout sur l’engagement collectif qu’a nécessité cette intervention : « Le travail d’équipe a été fondamental. Aucune action individuelle ne peut à elle seule accomplir une tâche d’une telle ampleur. Il m’a été nécessaire de bénéficier d’un soutien logistique, comme celui de l’équipe de cuisine, qui a travaillé sans relâche pour que nous soyons correctement ravitaillés, ainsi que de l’équipe des communications, qui a fonctionné 24 heures sur 24 pour maintenir les radios et les batteries opérationnelles, assurant ainsi les communications au sein de la base. Mais l’aspect le plus important a été le travail d’équipe avec mes camarades, supérieurs comme subordonnés, qui sont restés à mes côtés en permanence, me donnant la sécurité et la confiance nécessaires pour agir et opérer de manière à pouvoir mettre ces personnes en sécurité ».
Alors qu’il a reçu la Médaille Mbaye Diagne, le sergent Matias Reye se souvient aussi de la gratitude dans le regard des soldats congolais qui avaient été secourus : « Le mot qui revenait le plus était “merci”. »
Un courage exceptionnel
Au cours de la même cérémonie ce 5 juin, le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a également remis la même médaille à titre posthume à Sergii Prykhodko, originaire d’Ukraine.
En mars 2025, M. Sergii Prykhodko, de la Mission des Nations unies au Soudan du Sud, s’était porté volontaire pour remplacer un collègue moins expérimenté lors d’une évacuation aérienne à haut risque visant à extraire un groupe de soldats assiégés dans l’État du Haut-Nil. Tragiquement, M. Prykhodko a perdu la vie et deux membres de l’équipage ont été blessés lorsque leur hélicoptère a essuyé des tirs au cours de la mission.
Les deux médaillés ont fait preuve, dans des circonstances fort différentes, d’un même courage.
Comme eux, des milliers d’hommes et de femmes font preuve tous les jours de courage face à l’adversité – quelque fois au péril de leur vie – pour venir en aide à des personnes en danger.
Le sergent Reyes adresse aujourd’hui un message de solidarité à la population congolaise, en particulier aux habitants de Goma, rappelant que l’armée uruguayenne demeure engagée à servir, soutenir et venir en aide aux personnes dans le besoin avec compassion et sens du devoir sans chercher des récompenses.
By Aline Kataliko








