La Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO), à travers son Service de lutte antimines (UNMAS), a inauguré à Beni, chef-lieu provisoire du Nord-Kivu, le tout premier Centre de formation au déminage du pays.
Implanté sur la base de la MONUSCO à Mavivi, à une dizaine de kilomètres du centre-ville de Beni, ce centre marque une avancée significative dans la lutte contre la menace persistante des engins explosifs et dans les efforts visant à mieux protéger les populations civiles de la région.
Renforcer les capacités nationales
D’une capacité d’accueil de 28 apprenants, le centre formera des spécialistes nationaux en neutralisation et destruction des explosifs (EOD niveaux 1 et 2). Chaque cycle de formation s’étendra sur dix semaines.
« Il s’agit d’une première à l’échelle nationale », note Jean-Denis Nsoki Larsen, chef de la Section de lutte antimines de la MONUSCO.
« Jusqu’à présent, poursuit-il, tous les experts congolais étaient formés à l’étranger. Ce centre permettra d’augmenter significativement le nombre de spécialistes disponibles dans le pays. Le centre ici va former des spécialistes dans l’identification, la neutralisation et l’enlèvement des engins explosifs (NEDEX). Les stagiaires apprendront d’abord à neutraliser toutes sortes de munitions conventionnelles, et plus tard ils apprendront aussi à neutraliser les engins explosifs improvisés. »
Les stagiaires y acquerront des compétences essentielles, allant de l’identification des munitions conventionnelles à la neutralisation des engins explosifs improvisés (EEI).
Vers une autonomie accrue des forces congolaises
Au-delà de la formation technique, l’initiative s’inscrit dans une stratégie plus globale visant à autonomiser les forces nationales, notamment la Police nationale congolaise et les Forces armées de la RDC (FARDC).
L’objectif est triple :
- Former des équipes EOD capables d’intervenir de manière autonome ;
- Réduire progressivement la dépendance à l’appui international ;
- Améliorer durablement la protection des civils.
Ce projet constitue également une étape importante vers un transfert progressif des compétences dans une perspective de stabilisation à long terme.
Premiers militaires diplômés
Le 15 mai 2026, huit militaires des FARDC issus de différentes unités ont reçu leurs certificats de qualification EOD niveau 1, devenant les premiers diplômés du centre.
Pendant trois semaines, ils ont suivi une formation intensive, combinant théorie et pratique, couvrant notamment la traumatologie appliquée aux opérations de déminage, la reconnaissance et classification des munitions, l’organisation technique des opérations, les principes des droits de l’homme et les techniques de marquage des engins non explosés.
Cette formation est une première et représente une avancée majeure pour les FARDC. Nous avons acquis des compétences essentielles selon les normes internationales. Il est désormais important que le gouvernement nous accompagne en nous fournissant les équipements nécessaires

Pourquoi Beni ?
Le choix de Beni s’impose pour des raisons stratégiques, fait-on savoir du côté de UNMAS.
La région est fortement affectée par les conflits armés, entraînant une contamination importante de l’environnement par des munitions non explosées (UXO), des engins explosifs improvisés (IED) et des restes explosifs de guerre (ERW).
Former à Beni, c’est donc former au cœur même des zones à haut risque, là où les besoins opérationnels sont les plus pressants.
« La problématique des engins explosifs en RDC demeure l’un des sujets de préoccupation en matière de protection des civils ; particulièrement à l’Est du pays. Parmi les provinces les plus touchées par ce phénomène, figurent l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu », souligne Jean-Denis Nsoki Larsen.
Les conséquences sont multiples pour les civils : des pertes en vies humaines et blessures graves, des déplacements forcés des populations ainsi que des entraves au développement économique, en particulier dans le secteur agricole.
Les terres contaminées deviennent souvent inutilisables, aggravant l’insécurité alimentaire et limitant l’accès aux ressources essentielles telles que l’eau, les routes et les champs.
Même une simple suspicion de présence de mines peut isoler des communautés entières.
Jean-Tobie OKALA
























