La Fondation Biesther (FoBE Asbl), en partenariat avec la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), a lancé un projet pilote de réinsertion socio-économique destiné à 50 femmes et filles vulnérables issues de Goma, Sake et Nyiragongo, dans la province du Nord-Kivu.
Soutenue par le bureau Conduite et Discipline (CDT) de la MONUSCO/Goma, cette initiative vise à apporter une réponse concrète aux défis sociaux, psychologiques et économiques auxquels sont confrontées plusieurs victimes d’exploitation et d’abus sexuels impliquant le personnel de la Mission.
Ce projet entend restaurer la dignité des bénéficiaires à travers l’autonomisation économique, l’accompagnement psychosocial et le développement d’activités génératrices de revenus (AGR). Il prévoit également un mécanisme de suivi continu, de mentorat et d’encadrement communautaire afin de favoriser une réinsertion durable des participantes dans leurs milieux de vie.
La Directrice générale de FoBE Asbl, Mignonne Zaina Chaupanga, souligne que cette initiative constitue une étape importante dans la lutte contre la vulnérabilité des femmes et leur dépendance économique, particulièrement dans les zones affectées par les crises sécuritaires et sociales.
« Nous avons ciblé 50 femmes et filles issues de Goma, Sake et Nyiragongo, qui bénéficieront directement de ce projet de réinsertion socio-économique. Ces victimes sont souvent exposées à diverses formes de vulnérabilités, elles subissent des exploitations, sont parfois stigmatisées et rejetées par la communauté dès que leur situation est connue, et présentent également des troubles psychologiques liés aux violences vécues. C’est pourquoi nous avons estimé nécessaire de les accompagner sur les plans économique, psychologique et financier, afin de renforcer leur capacité à subvenir à leurs besoins essentiels et de réduire leur vulnérabilité au sein de la communauté », explique-t-elle.
Elle précise également que le projet intègre un paquet de prise en charge sanitaire destiné à environ 150 personnes dépendantes des bénéficiaires, afin de prévenir les interruptions des activités économiques liées aux difficultés familiales, notamment la prise en charge de leurs enfants malades.
Mignonne Zaina Chaupanga salue l’accompagnement de la MONUSCO dans la mise en œuvre de ce projet pilote, qu’elle considère comme un appui essentiel dans la lutte contre l’exploitation et les abus sexuels, tout en favorisant la restauration de la dignité et l’autonomisation durable des survivantes.
L’espoir d’un nouveau départ
Les femmes victimes d’exploitation et d’abus sexuels (EAS), bénéficiaires de ce projet pilote, ont été formées du 20 au 25 mai, afin de mieux comprendre les objectifs, les mécanismes et les opportunités qu’offre cette initiative de réinsertion socio-économique.
Elles ont exprimé leur gratitude envers le Bureau Conduite et Discipline (CDT) de la MONUSCO, pour son soutien continu, ainsi qu’à FoBE Asbl pour avoir porté cette initiative en faveur des victimes d’exploitation et d’abus sexuels impliquant le personnel de la Mission.
« J’ai eu une relation amoureuse avec un membre du personnel de la MONUSCO, avec qui j’ai eu un enfant aujourd’hui âgé de 13 ans. Après son retour dans son pays, il a coupé tout contact avec Moi. Heureusement, le Bureau Conduite et Discipline de la MONUSCO a entrepris des démarches pour le retrouver et continue d’assurer un appui à travers la prise en charge de la scolarité de mon fils ainsi que certains frais médicaux lorsqu’il tombe malade. Malheureusement, le père de l’enfant ne subvient pas à ses besoins, bien qu’il soit informé de son existence. Grâce à cette formation et à l’accompagnement prévu dans le cadre de ce projet, nous pourrons développer des activités génératrices de revenus et améliorer nos conditions de vie », témoigne une femme bénéficiaire de ce programme.
Plusieurs autres survivantes bénéficiaires de cette initiative ont partagé leurs expériences marquées par la vulnérabilité, l’abandon et les difficultés socio-économiques, tout en saluant l’accompagnement de la MONUSCO dans leur processus de reconstruction.
« Ma fille a aujourd’hui sept ans. La pauvreté m’a rendue vulnérable à cette situation. Après le départ du père de mon enfant, je suis restée sans nouvelles de lui. Le seul soutien dont je bénéficie provient du CDT de la MONUSCO à travers la prise en charge de la scolarité et des soins de santé de mon enfant. Grâce à cette formation, j’ai appris à mieux gérer ce petit moyen que je dispose et à développer une petite activité commerciale », confie une autre
Pour sa part, Deborah Barugahara, représentante ad intérim du bureau Conduite et Discipline de la MONUSCO à Goma, a réaffirmé l’engagement de son institution dans la prévention de l’exploitation et des abus sexuels impliquant le personnel de la Mission ainsi que dans l’accompagnement des victimes.
« Durant ces cinq jours de formation, il a été rappelé que chaque femme a droit au respect, à la dignité et à la protection. En tant que Bureau Conduite et Discipline, notre mission repose sur la prévention, la gestion des cas ainsi que l’assistance aux victimes d’exploitation et d’abus sexuels. A travers ce projet, nous voulons contribuer à la réinsertion socio-économique des survivantes en soutenant les activités génératrices de revenus qu’elles auront elles-mêmes choisies. Une occasion pour moi d’appeler les femmes : nous ne voudrions plus jamais que ces femmes subissent ce qu’elles ont eu à subir. Et pour ça, nous les sensibilisons sur leur conduite, afin qu’elles ne se livrent pas à des relations explicatives, même si la vie est difficile, qu’elles ne cèdent pas à des relations sexuelles avec des personnels de l’ONU en échange d’argent ou de petits avantages, parce qu’il y a des conséquences graves. Aujourd’hui, elles sont victimes, elles vivent avec des enfants en quête de paternité, et la vie se complique davantage » indique-t-elle.
Elle ajoute qu’un accompagnement post-projet sera assuré afin de consolider les initiatives économiques des participantes, notamment à travers la mise en place de groupes solidaires disposant d’une caisse commune destinée à soutenir et développer leurs activités.
Prévenir, sensibiliser et appliquer les normes et les mesures correctives
Le bureau Conduite et Discipline (CDT) est chargé de la gestion de toutes les questions liées à la conduite et à la discipline au sein de la MONUSCO. Son action repose sur la stratégie des Nations Unies articulée autour de trois piliers : la prévention, l’application des normes et les mesures correctives.
Le CDT mène régulièrement des activités de sensibilisation auprès du personnel de la Mission, des organisations partenaires et des communautés locales sur les normes de conduite des Nations Unies et les mécanismes de signalement des abus.
Ce bureau reçoit et traite toutes les allégations de mauvaise conduite impliquant le personnel des Nations Unies, y compris les cas d’exploitation et d’abus sexuels. Il assure également l’orientation des victimes vers les services appropriés, notamment médicaux, psychologiques et juridiques. Si vous êtes victime ou témoin, dénoncez en appelant gratuitement ces deux numéros verts mis à disposition à cette fin : +243 818907744 ; +243 997058000.
Assister et défendre les droits des victimes
Le VRO (Victims’ Rights Office) fait partie du Bureau du VRA (Victims’ Rights Advocate) des Nations Unies, dont la mission consiste à jouer le rôle de police sur les protocoles d’assistance aux victimes tout en mettant les droits et la dignité de ces dernières au cœur de toutes activités de prévention et réponse contre les actes d’exploitation et abus sexuel.
Le VRO veille pour la protection de la dignité, des droits et du bien-être des victimes d’exploitation et d’abus sexuels en adoptant une approche centrée sur la survivante et sans discrimination. Le VRO coordonne et fournit un soutien technique auprès des prestataires de services institutionnels et non institutionnels (santé, psychosocial, assistance juridique et judiciaire) afin de garantir une prise en charge holistique, sécurisée et adaptée. Le VRO maintient une communication régulière avec les victimes et les partenaires du réseau de Protection contre les actes d’Exploitation et abus sexuel afin d’assurer un suivi continu et de haute qualité. Contact : +243 818907443 et +243 972144623.
Tolérance zéro contre l’exploitation et les abus sexuels
Conformément au bulletin du Secrétaire général des Nations Unies ST/SGB/2003/13 relatif aux dispositions spéciales visant à protéger contre l’exploitation et les abus sexuels : toute activité sexuelle avec une personne âgée de moins de 18 ans est strictement interdite ; l’échange d’argent, d’emplois, de biens, d’assistance ou de services contre des relations sexuelles est prohibé ; et l’utilisation d’enfants ou d’adultes à des fins de services sexuels est interdite.
Tout membre du personnel des Nations Unies a l’obligation de signaler tout acte présumé d’exploitation ou d’abus sexuels commis par un collègue à travers les mécanismes de signalement établis. Chaque allégation fait l’objet d’une enquête rigoureuse et, lorsque les faits sont avérés, des mesures disciplinaires sévères sont appliquées (suspension, rapatriement immédiat, renvoi sans préavis, etc.)
La MONUSCO a mobilisé un budget de 40 536,3 dollars américains pour la mise en œuvre de ce projet d’une durée de six mois, à compter du mois de mai. Cette initiative témoigne de l’engagement de la MONUSCO et de ses partenaires en faveur de la résilience communautaire et du relèvement socio-économique des femmes vulnérables.
À travers ce projet pilote, la MONUSCO et FoBE Asbl entendent offrir aux survivantes un cadre d’accompagnement durable, porteur d’espoir, de reconstruction sociale et de dignité dans une région encore profondément marquée par les conséquences des conflits, des violences basées sur le genre ainsi que des exploitations et abus sexuels.
Aline KATALIKO








