MONUSCO
Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo

Du conflit à la cohabitation : en Ituri, le dialogue réconcilie les communautés, grâce à la MONUSCO

Today, tangible progress is visible. Members of both communities once again attend the same markets.
Aujourd’hui, les signes de rapprochement sont visibles. Les populations des deux communautés fréquentent de nouveau les mêmes marchés, les éleveurs circulent dans les zones voisines sans incidents majeurs, et les jeunes collaborent dans certains sites d’exploitation artisanale de l’or. ©MONUSCO

En Ituri, les efforts de médiation portés par le Réseau des femmes médiatrices (REFEMI), avec l’appui de la MONUSCO, contribuent à une dynamique positive de réconciliation entre les communautés du secteur de Walendu Tatsi et de la chefferie de Bahema Banywagi, longtemps divisées par des tensions.

« Il y a plus à gagner de la paix qu’avec la guerre. La paix des armes est souvent fragile, mais une paix obtenue par voie de dialogue est plus viable », explique une femme membre du Réseau des femmes médiatrices de l’Ituri.

Après plus de cinq années de conflits, les populations de ces entités du territoire de Djugu, dans la province de l’Ituri, dans l’est de la République démocratique du Congo, vivaient dans une profonde méfiance, évitant tout contact.

À l’origine de ces tensions figuraient notamment des cas de meurtres, de violences sexuelles et de pillages attribués à des membres des deux communautés. Les différends liés à la destruction des cultures par le bétail ont également exacerbé les antagonismes, renforçant un climat de suspicion généralisée.

Quatre groupements ont été particulièrement touchés par ces violences : Tsala et Tambaki, dans la chefferie de Bahema Banywagi, ainsi que Penyi et Bedu-Ezekere, dans le secteur de Walendu Djatsi.

 

Le dialogue au cœur de la réconciliation

Pour inverser cette dynamique, plusieurs dialogues intra et intercommunautaires ont été organisés par le REFEMI, avec le soutien de la Section Genre de la MONUSCO. Ces rencontres ont permis aux parties prenantes d’identifier les causes profondes des conflits, d’en analyser les conséquences et de construire des solutions durables.

Selon Marthe Dheve, membre du Réseau des femmes médiatrices de l’Ituri et facilitatrice du processus, ces échanges ont constitué une étape déterminante vers la restauration de la confiance. « Le dialogue a permis aux communautés de se regarder autrement, de comprendre les souffrances vécues de part et d’autre et de reconnaître que la recherche de solutions communes est plus bénéfique que la poursuite des divisions. Les formations reçues sur les responsabilités du Comité mixte de suivi des engagements, l’approche de tierce partie neutre dans la résolution des conflits, l’analyse des conflits et les modes alternatifs de résolution des différends ont renforcé les capacités des acteurs locaux à devenir des véritables artisans de paix », explique-t-elle.

Elle souligne également l’importance de la neutralité dans la conduite de ces échanges : « La médiation ne consiste pas à désigner un gagnant ou un perdant, mais à accompagner les parties afin qu’elles trouvent elles-mêmes des solutions acceptables et durables. Lorsque les communautés participent à la construction de la paix, elles deviennent aussi responsables de sa préservation », ajoute Marthe Dheve.



Des résultats tangibles sur le terrain

Aujourd’hui, les signes de rapprochement sont visibles. Les populations des deux communautés fréquentent de nouveau les mêmes marchés, les éleveurs circulent dans les zones voisines sans incidents majeurs, et les jeunes collaborent dans certains sites d’exploitation artisanale de l’or. Les interactions sociales reprennent progressivement.

« Grace aux dialogues appuyés par la MONUSCO, la situation a complètement changé, la cohabitation pacifique entre les deux communautés est désormais une réalité ; les gens se fréquentent sans problèmes, jusqu’au niveau du groupement de Peny. Dans le temps, il y avait beaucoup de problèmes dus aux atrocités des groupes armés et à la méfiance. Aujourd’hui, tout cela relève du passé, les communautés se fréquentent sans problème, même à des heures tardives. Les gens quittent Bunia, en passant par Mandro pour atteindre Peny, d’autres partent de Mandro pour Ezekere, et vice versa : tout cela, sans aucun problème, et c’est à la suite des sensibilisations et avec l’appui de la MONUSCO », confirme Paul Mandro Gokpa, président de la société civile du Groupement de Bedu-Ezekere et du secteur des Walendu Tatsi.

Alain Rubenga, responsable de la Section Genre de la MONUSCO à Bunia, salue également cette évolution : « Nous constatons aujourd’hui que les barrières qui existaient entre les communautés commencent à tomber. Le retour des échanges économiques et sociaux montre que la confiance peut être reconstruite lorsque les engagements pris dans le cadre du dialogue sont respectés », témoigne-t-il.



Consolider les acquis pour une paix durable

Afin de pérenniser ces avancées, un Comité mixte de suivi des engagements issus des dialogues de proximité a été mis en place. Composé de représentants des deux communautés, ce mécanisme veille au respect des engagements pris.

Avec l’appui de la MONUSCO, ses membres ont été formés aux techniques de médiation, à la gestion pacifique des conflits, à l’analyse des conflits, ainsi qu’aux mécanismes d’alerte précoce et à l’organisation de dialogues communautaires.

Pour Marthe Dheve, ce dispositif est essentiel à la prévention de nouvelles tensions : « Le Comité mixte de suivi est un mécanisme permanent qui permet aux communautés de continuer à se parler, d’anticiper les risques et de rechercher rapidement des solutions avant que les petits différends ne deviennent de nouveaux conflits. La paix doit être entretenue quotidiennement par des actions concrètes, une écoute mutuelle et le respect des engagements pris », affirme-t-elle.

Cette dynamique repose sur une feuille de route conjointe visant à accompagner la mise en œuvre des engagements issus des dialogues et à renforcer durablement la cohésion sociale dans la région.

Jean-Tobie Okala