Les murs brillent encore et l’odeur de la peinture flotte dans l’air. Dans les nouveaux locaux de l’Escadron de Protection de l’Enfant et de Prévention des Violences Sexuelles (EPEPVS) de la police dans la ville de Bunia, tout le monde s’affaire. Les dossiers ne manquent pas. Dans son bureau flambant neuf, spacieux et bien équipé, la commissaire supérieure adjointe Séraphine Falao Mbolyaita affiche un sourire radieux. Pour la cheffe de l’EPEPVS, cette nouvelle infrastructure marque un tournant majeur dans le fonctionnement de son service. Une amélioration rendue possible grâce à l’appui de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO).
Les nouveaux locaux de l’Escadron de Protection de l’Enfant et de Prévention des Violences Sexuelles de la police de Bunia ont été inaugurés le 17 février 2026. Le bâtiment est équipé de mobilier, de matériel informatique et de panneaux solaires afin de pallier les contraintes liées à l’approvisionnement en énergie. Un projet financé par la Mission onusienne à hauteur de près de 50 000 dollars américains,
La fin de la promiscuité
Une visite des lieux révèle des bureaux modernes, du mobilier neuf, un espace d’accueil aménagé et un environnement de travail adapté aux exigences de la prise en charge des victimes de violences sexuelles et basées sur le genre (VSBG).
Auparavant, l’EPEPVS partageait un espace exigu avec d’autres services de police, loin des conditions idéales pour un travail qui requiert la confidentialité et des moyens conséquents.
« Nous étions logés avant avec la PIC, Police d'investigation criminelle et la Police de lutte contre les crimes économiques, dans un petit local, où les conditions de travail étaient très difficiles. Il n’y avait pas de confidentialité pour bien accueillir les victimes des viols, nous étions confondus avec les autres services, c’était vraiment difficile de bien travailler », se rappelle la Commissaire supérieure adjointe Falao Mbolyaita.
Cette promiscuité compliquait le travail des enquêteurs et l’accueil des victimes.
« Les gens restaient debout, à l'extérieur, il n'était pas rare que certains témoignages de victimes soient entendus par tout le monde qui passait par là », explique-t-elle.
L’absence des locaux clairement identifiés constituait également un obstacle pour les survivantes recherchant assistance et protection.
« Les victimes arrivaient, mais ne savaient pas à qui s'adresser. Nous étions mélangés aux autres services ; les victimes n'étaient pas orientées vers les services compétents. Ce qui faisait que nous enregistrons peu de cas de signalement de violences sexuelles », affirme la Commissaire supérieure adjointe.
Face à cette situation, la Police de la MONUSCO (UNPOL), à la suite des plaidoyers de l’Inspection provinciale de la Police nationale congolaise (PNC), a financé un projet à impact rapide destiné à améliorer les conditions de travail de l’EPEPVS. Le projet a permis la construction d’un bâtiment comprenant six bureaux, une salle d’attente et, prochainement, des installations sanitaires séparées pour les hommes et les femmes ainsi qu’une douche.
Pour la commissaire Marie-Guy Thiayga Niang, cheffe de la Police de la MONUSCO à Bunia, cette infrastructure représente bien plus qu’un simple bâtiment :
« L'infrastructure a permis d'améliorer la prise en charge des victimes de violences sexuelles en leur offrant un cadre plus sûr, confidentiel et adapté. Elle a renforcé l'accès aux services d'écoute, d'orientation et d'assistance pour les survivantes. Le projet a contribué à une meilleure protection des victimes et au respect de leur dignité. Il a également facilité le traitement des dossiers liés aux violences sexuelles par les services compétents. Les capacités des intervenants ont été renforcées pour assurer une réponse plus efficace aux besoins des victimes ».
Des résultats déjà visibles
Depuis l’installation de l’EPEPVS dans ses nouveaux locaux, les effets se font déjà sentir. Le traitement des dossiers est plus rapide et la confidentialité des victimes est désormais mieux garantie.
La commissaire supérieure adjointe Séraphine Falao Mbolyaita témoigne :
« Depuis que nous sommes dans notre propre local, nous travaillons désormais dans de bonnes conditions. Les victimes ne trainent plus dehors, car il y a maintenant une salle d'accueil où on peut les recevoir avant leur audition. Pareil pour nos agents [23 personnes, dont 5 femmes], ils ont leurs bureaux et ne déambulent plus dehors. Nous avons désormais des ordinateurs et imprimantes : avant, on était obligés, pour nos rapports, d'aller les saisir et imprimer dans des cybercafés et bureautiques à l’extérieur, sans aucune confidentialité. »
Malgré ces avancées, plusieurs défis subsistent. Parmi eux figure le manque de moyens de transport permettant d’assurer une prise en charge rapide et sécurisée des victimes des viols vers les structures sanitaires spécialisées.
« Nous avons besoin de moyens de locomotion, pour emmener les victimes vers des structures spécialisées. A l'heure actuelle, cela se fait par nos propres moyens : si on a un 10,000 FC [environ 4 dollars américains], on prend une moto avec la victime jusqu'au centre spécialisé. Vous voyez que cela n'est pas très professionnel, ça expose les victimes, alors que notre travail repose sur deux piliers : la confidentialité, et la célérité », déclare la commissaire supérieure adjointe Falao Mbolyaita.
Pour une professionnalisation de la Police
Au-delà de cette infrastructure, la MONUSCO continue d’appuyer la Police nationale congolaise à travers des formations, la construction de commissariats, la dotation en équipements de gestion des foules ainsi que les patrouilles conjointes.
Pour les autorités policières de l’Ituri, cet accompagnement contribue directement à l’amélioration du professionnalisme des forces de sécurité.
Le commissaire supérieur principal Gilbert Kalonji Mulumba, commandant intérimaire de la PNC en Ituri, salue les résultats de cette coopération :
« La Police de la MONUSCO a construit des Commissariats de Police au profit de la PNC, des bâtiments remis en bon état d'utilisation ; elle nous aide également avec du matériel de bureaux, différentes formations dispensées aux policiers. Tout cela aide à améliorer notre façon de travailler et donc, notre professionnalisme. Entre autres impacts, nous enregistrons par exemple moins de bavures policières lors de nos interventions. Cet appui a aussi comme conséquence de susciter en nous un sens élevé des responsabilités : un accusé reste accusé, ses droits sont mieux respectés, bref, nous saluons l’appui de nos partenaires de UNPOL. »
Aujourd’hui, l’Escadron de Protection de l’Enfant et de Prévention des Violences Sexuelles dispose d’un siège identifiable et adapté à sa mission. Bien plus qu’un bâtiment, cette infrastructure symbolise le renforcement des capacités de la Police nationale congolaise et son engagement en faveur de la protection des victimes.
Jean-Tobie Okala










