MONUSCO
Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo

Si Bunia pouvait parler : quand la poésie devient un espace de guérison et de plaidoyer pour la paix

À Bunia, Ituri, des femmes actrices de paix ont transformé leurs expériences en un poème collectif lors d’un atelier animé par Mandataire mondiale des Nations Unies pour la paix la Défenseure mondiale des Nations Unies pour la paix, Maryam Bukar Hassan
À Bunia, Ituri, des femmes actrices de paix ont transformé leurs expériences en un poème collectif lors d’un atelier animé par Mandataire mondiale des Nations Unies pour la paix la Défenseure mondiale des Nations Unies pour la paix, Maryam Bukar Hassan. ©MONUSCO / Didier Vignon Dossou-Gbakon

« Si Bunia pouvait parler,
elle se réveillerait demain avec de l’espoir.
Elle demanderait que le sang cesse de couler.
Elle demanderait à respirer la paix. »

Dans la salle de conférence de la base logistique de la MONUSCO à Bunia, ces mots ont été prononcés d’une seule voix. Ils ne venaient pas d’une poétesse seule, mais d’un groupe de femmes — médiatrices communautaires, militantes des droits des femmes, jeunes leaders et femmes casques bleus — réunies pour un atelier de poésie.

Le texte qu’elles lisaient venait de naître sous leurs yeux :
un poème collectif intitulé « Si Bunia pouvait parler », écrit ligne après ligne par les participantes.

 

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©MONUSCO / Didier Vignon Dossou-Gbakon

Quand la poésie devient un espace de guérison

L’atelier Healing through Poetry (Guérir par la poésie), animé par Maryam Bukar Hassan, poète et activiste nigériane connue sous le nom d’Alhanislam, s’est tenu le 14 mars 2026 à Bunia, lors de sa visite en Ituri du 13 au 16 mars.

Nommée en 2025 première Mandataire mondiale des Nations Unies pour la paix, elle utilise l’art et la narration pour amplifier les voix des communautés affectées par les conflits.

TLa session a réuni une trentaine de femmes engagées pour la paix en Ituri, notamment des médiatrices formées par la MONUSCO, des représentantes de la société civile, des défenseures des droits des femmes et des femmes Casque bleus. À travers des exercises créatifs comme l’ « Arbre de Vie », les participantes ont réfléchi à leurs forces, leurs défis et leurs aspirations pour la paix.

Pour Maryam Bukar Hassan, ce type d’espace répond à un besoin profond.

« L’objectif de cette session Healing through Poetry est d’offrir un espace de soutien psychosocial aux femmes. Beaucoup d’entre elles mènent des processus de paix tout en étant elles-mêmes victimes de violences ou de traumatismes. Ce dont elles ont besoin, c’est aussi de force mentale.

J’ai eu la chair de poule en voyant comment elles ont fait ressortir toutes leurs émotions et leurs aspirations pour leur ville, leur province et leur pays. J’aimerais qu’elles puissent s’approprier le pouvoir de l’art pour se libérer de leurs traumatismes et transmettre cette force à d’autres femmes, même dans les régions les plus reculées. »

L’objectif de cette session Healing through Poetry est d’offrir un espace de soutien psychosocial aux femmes. Beaucoup d’entre elles mènent des processus de paix tout en étant elles-mêmes victimes de violences ou de traumatismes. Ce dont elles ont besoin, c’est aussi de force mentale.
Maryam Bukar Hassan

 

« Écrire et partager soulage profondément »

Au fil de l’atelier, les participantes ont partagé leurs expériences, leurs peurs et leurs espoirs. Pour Falone Nzola, cheffe d’antenne de la Coalition des femmes défenseures des droits de l’homme en l’Ituri, l’expérience a été particulièrement marquante.

« Les femmes ont besoin de ce genre d’expérience parce que c’était détraumatisant. Le simple fait d’écrire et de partager, chacun à tour de rôle, nos peurs et nos émotions, puis d’en faire un poème collectif, soulage psychologiquement et aide à renforcer la résilience.

Au-delà des efforts que nous faisons pour la paix, la santé mentale est prioritaire. J’ai été très émue par ce moment et cela m’a fortifiée dans mon engagement pour notre cause commune : la paix. »

Même sentiment pour Sarah Muderwa, coordinatrice de la Synergie des jeunes filles de l’Ituri.

« Nous avons eu une véritable séance de thérapie de groupe. Nous avons parcouru en profondeur les problèmes auxquels les femmes font face à Bunia et dans l’Ituri. Elle nous a partagé son expérience et des histoires qui ont résonné en nous.

Vous savez, nous les femmes engagées pour la paix, nous recevons souvent les problèmes des autres, mais nous ne sommes pas toujours écoutées nous-mêmes. Cette session nous a permis de partager des choses que je n’avais jamais pu dire auparavant. Cela a été très bénéfique pour nous toutes, mais aussi inspirant pour que nous puissions à notre tour aider d’autres femmes. »

 

Une immersion dans les initiatives locales de paix

Au cours de son séjour, la Mandataire mondiale des Nations Unies pour la paix a accompagné une patrouille conjointe de la MONUSCO et du contingent bangladais au marché de Yambi, où elle a échangé avec des commerçantes et des leaders communautaires sur les défis économiques et sécuritaires auxquels les femmes font face au quotidien. Elle a également rencontré des femmes Casque bleus de plusieurs contingents, qui ont partagé leur expérience du maintien de la paix et les défis liés à leur engagement loin de leurs familles, au service des communautés.

La deuxième journée de la visite a été consacrée aux initiatives soutenues par le Fonds des Nations Unies pour la consolidation de la paix, notamment le projet GPI 2.0, qui vise à renforcer la participation des organisations et réseaux de femmes aux efforts de médiation, de dialogue communautaire et de cohésion sociale en Ituri.

Mme Bukar Hassan a également visité le centre médical de l'ONG congolaise Solidarité féminine pour la paix et le développent intégral (SOFEPADI), spécialisé dans la prise en charge des survivantes de violences sexuelles liées aux conflits, où les échanges ont permis de mieux comprendre les défis et les parcours de résilience des femmes accompagnées par la structure.

 

Bunia, toujours debout

Dans leur poème collectif, les participantes imaginent une ville qui parle, une ville qui appelle à la sécurité. Mais surtout, une ville qui refuse de disparaître.

« Bunia, tes jeunes et tes femmes sont toujours là,
à reconquérir la paix et la sécurité. »

Et à travers ces mots écrits par des femmes actrices de paix, c’est bien plus que la voix d’une ville qui s’élève — c’est celle de toute une province, l’Ituri, qui refuse de renoncer à la paix.

 

-Didier Vignon Dossou-Gbakon