«Je me sens mal à sa place». C’est ce que répond Winner Kababu quand on lui demande ce qu’elle penserait si elle était présentée à une fille de son âge, déjà mariée. Sa camarade Exodie Mukena, juste à côté, opine du chef. Toutes les deux ont 16 ans et étudient au Complexe scolaire Georges Williams, du nom du philanthrope anglais fondateur du Young Men Christian Association (YMCA). Et c’est précisément dans l’enceinte de l’espace YMCA à Kinshasa que UNPOL et la police congolaise ont choisi d’organiser une journée de sensibilisation en marge de la Journée internationale de la fille, célébrée le 11 octobre de chaque année.
«Pas avant 25 ans»

«Mettre fin au mariage d’enfants et investir dans les droits des filles» est le thème choisi cette année pour célébrer cette journée.
«Un enfant ne se marie pas», lance le commissaire supérieur Placide Kabeya, responsable adjoint du Département protection de l’enfant et prévention des violences sexuelles au sein de la Police nationale congolaise.
Winner Kababu et Exodie Mukena ont bu ses paroles. Elles n’envisagent pas un instant de se marier avant d’avoir obtenu leurs diplômes universitaires.
«Pas avant 25 ans», insiste Exodie. «Pas avant 23 ans», répond en échos sa camarade, Winner. L’année prochaine, les deux passeront leur examen d’Etat qui sanctionne la fin des études secondaires au Congo et obtiendront leur billet pour la fac.
Mais même avec un bac en poche, Winner Kababu estime qu’elle n’aura pas encore la maturité nécessaire pour assumer un mariage.
«Je dois travailler. Je dois avoir mes propres revenus avant de m’engager dans un mariage», martèle Exodie Mukena qui se destine à une carrière scientifique.
«Il faut que les filles soient protégées»
Quand on lui rapporte les propos des deux jeunes filles, le commissaire supérieur Placide Kabeya sourit :
«Je ne peux pas me prononcer sur l’âge idéal pour le mariage. Mais la loi est claire : pas de mariage avant 18 ans.»
Pendant environ une heure, il revient sur l’importance d’encadrer les jeunes filles et de les protéger des abus. Le premier des encadrements, c’est l’éducation.
«La jeune fille doit être éduquée pour que la société soit en sécurité», argumente l’officier de police.
Richard Matondo qui représente YMCA-RDC au cours de cette sensibilisation insiste également sur l’éducation des jeunes filles.
L’éducation est au cœur du projet porté par George Williams il y a un peu moins de deux siècles. En 1844, il ouvrait des salles de lecture et lançait des cours d’éducation pour les jeunes, à Londres, d’abord, avant d’étendre son projet à d’autres villes d’Angleterre et du monde.
«Les jeunes filles doivent étudier dans la communauté et pour la communauté», résume Richard Matondo.
Au total, une trentaine de jeunes filles ont participé à la séance de sensibilisation organisée par UNPOL et la Police congolaise.
«La jeune fille représente une richesse importante pour la communauté», note Djon Daniele, conseillère Genre à UNPOL pour qui la société doit garantir à chaque jeune le droit d’apprendre.

Après les discussions et les échanges, les jeunes filles ont appris à fabriquer du javel et du savon. Une compétence dont elles pourront se servir pour générer des revenus à l’avenir afin d’avoir plus d’autonomie financière.
Winner et Exodie sont convaincus qu’aucune fille n’accepte de se marier si jeune de sa propre volonté. Elles évoquent le poids de certaines pratiques qui doivent être combattues par l’éducation.
«On doit laisser les jeunes filles étudier et se marier quand elles le décideront», conclut Winner.
L’article 48 de la loi portant protection de l’enfant dispose que «les fiançailles et le mariage d’enfants sont interdits».
-Joël Bofengo




























