La Journée des Nations unies célébrée mercredi 28 octobre à Kinshasa a mis en avant les personnes en situation de handicap, les personnes atteintes d’albinisme, les peuples autochtones pygmées, les jeunes, tous confrontés à des formes d’exclusion. «Des personnes dont les aspirations ne sont pas suffisamment entendues», a fait savoir Damien Mama, le Coordonnateur Résident du Système des Nations en RDC.

Difficultés d’accès à l’emploi
L’exclusion, Placide Mukendi l’a connue. Depuis 2017, il co-dirige «Voice of Albino» qui milite pour la défense de personnes atteintes d’albinisme.
Quand il termine ses études à l’Institut supérieur de commerce – devenu depuis Haute école de commerce de Kinshasa – le jeune homme postule dans une entreprise de microfinance. Il passe tout le processus de recrutement jusqu’à l’entretien où il est informé qu’il n’est pas retenu. C’est son camarade de promotion – recruté a l’occasion – qui va lui révéler quelques mois plus tard que le responsable du recrutement de l’entreprise lui avait confié qu’il ne se voyait pas embaucher un albinos dans ses équipes.
Placide Mukendi dit avoir été confronté à la même situation dans d’autres processus de recrutement et avoir entendu dans le cadre de son ONG d’autres jeunes se plaindre du même problème.
Il s’est lancé dans l’auto-entreprenariat et est à la tête des boutiques qui proposent des services téléphoniques.
«Si tu ne peux pas être recruté, recrute-toi toi-même», lui lance, taquine, sa voisine, Rachel Itindi.
Les deux sont venus assister à la célébration de la Journée des Nations unies dans les locaux de la MONUSCO au complexe Utexafrica.
Des médias pour éduquer
Dans son allocution, Damien Mama a insisté sur la question de la conjonction des efforts pour lutter contre l’exclusion.
«Aucun pays, aucune institution ne peut relever seul ce défi», a-t-il martelé.
Rachel Itindi pense également que l’inclusion passe par une implication de toute la société et notamment par l’éducation et la pédagogie.
Depuis 2021, elle a initié un projet médiatique : «Albinos Family». Des programmes télé où l’on parle des questions liées à l’albinisme. Deux ans plus tôt, elle perdait son frère, mort du cancer de la peau.
«J’en ai beaucoup souffert. Nous avons grandi comme des amis», confie la jeune dame.
Rachel Itindi est convaincue que son frère serait encore en vie si ses parents avaient été informés des problèmes liés à la santé de la peau des personnes atteintes d’albinisme.
Pour que d’autres ne meurent pas à cause de l’ignorance, elle anime chaque semaine sur «C’ Possible Télévision» – une télé émettant à Kinshasa et diffusée également en streaming sur YouTube – des programmes pédagogiques sur l’albinisme.
Pour elle, l’éducation peut faire évoluer les mentalités et reculer l’ignorance.
Elle se rappelle que quand elle était plus jeune, il lui arrivait de voir un passager descendre d’un taxi alors qu’elle y prenait place.
«Aujourd’hui, je n’observe plus ce comportement», avance-t-elle.
«L’idée que les albinos ont des pouvoirs magiques est encore tenace», tempère Placide Mukendi.
Rachel Itindi acquiesce. Elle n’est pas naïve. Mais elle se veut optimiste. A force de sensibilisations, les mentalités vont évoluer.

«Au-delà des textes…»
Qu’il s’agisse des jeunes, des peuples autochtones pygmées, des personnes en situation de handicap ou des personnes atteintes d’albinisme, Damien Mama estime que leur participation «est essentielle non seulement comme bénéficiaires de politiques publiques mais également comme des acteurs à part entière, des partenaires et des porteurs de solutions pour le développement durable».
«Les Nations unies intègrent systématiquement la question de l’inclusion dans les programmes de développement, dans l’action humanitaire et dans les programmes de consolidation de la paix», a-t-il déclaré, invitant les uns et les autres à aller «au-delà des textes».
Pour sa part, le ministre des Droits humains, Samuel Mbemba a salué «un jour important», une occasion de rappeler les efforts du Gouvernement pour faire de la RDC, un pays «inclusif, juste et équitable».
L’un des programmes animés par Rachel Itindi s’intitule «Parlons de l’albinisme sans tabou en milieu scolaire». La jeune dame est convaincue que c’est là, en milieu scolaire, que l’on doit commencer à déconstruire les stéréotypes, dans les cours de récré et les aires de jeu des écoles primaires et secondaires. C’est là que l’on doit apprendre à regarder une personne vivant avec handicap ou une personne atteinte d’albinisme comme une personne à part entière.























