Trois mois après la fermeture définitive de la base de la MONUSCO à Amee, les communautés locales continuent de consolider une paix dont la Mission onusienne a permis le retour après de nombreuses années marquées par les violences intercommunautaires.
Le 4 décembre 2025 marquait une étape historique pour les habitants d’Amee, dans le territoire de Mahagi, à 185 km au Nord de Bunia : après six années d’appui sécuritaire, la MONUSCO fermait sa base militaire, signe d’un retour progressif à la stabilité dans cette région longtemps affectée par l’activisme de groupes armés. Trois mois plus tard, une délégation de différentes composantes de la Mission onusienne, dépêchée du 2 au 5 mars 2026 pour évaluer la situation, confirme que le calme règne toujours.
Les habitants circulent librement, les activités sociales et économiques ont repris, et les mécanismes communautaires installés avant le retrait continuent de fonctionner.
Des mécanismes locaux qui portent leurs fruits
Pour les leaders locaux, la stabilité actuelle est le résultat des outils mis en place par la MONUSCO avant son départ : dialogues communautaires, formations diverses, mécanismes d’alerte sécuritaire, réunions intercommunautaires régulières.
« Quand on avait annoncé la fermeture de la base, nous avions peur. Mais Dieu merci, rien de grave ne s’est produit. La MONUSCO nous a réunis, nous a formés, et grâce à ces réunions, nous vivons aujourd’hui en paix», témoigne Jean-Marie Kawarunyo Alar, notable de la communauté Alur dans le groupement de Pamitua.
Les témoignages des membres des communautés révèlent des signes encourageants. Ils notent une baisse notable de la criminalité, un rapprochement entre les différentes communautés, la reprise des cours dans les écoles ainsi que la reprise du commerce dans les centres économiques.
Une dynamique économique relancée
À Amee, le commerce intergroupements connaît un nouveau souffle. Les échanges entre communautés, autrefois bloqués par la méfiance, se normalisent.
Ucai Uzele, entrepreneur au centre commercial d’Amee, observe un retour à la vitalité économique :
« Nos frères du groupement voisin viennent se ravitailler en savon, sel, bière… Et chez eux, nous récupérons des produits vivriers comme les cossettes de manioc, la pomme de terre ou le haricot. »
Le dialogue, pilier de la cohabitation pacifique
Les leaders communautaires soulignent que les efforts de médiation initiés par la MONUSCO nourrissent une nouvelle culture du dialogue.
« S’il y a un problème entre les deux entités, on s’assoit autour d’une table et la solution arrive vite. Nous collaborons très bien et vivons dans une cohésion sociale réelle », fait observer Umirambe Ugwaro, notable de la communauté Lendu.
Cependant, malgré les avancées, certaines inquiétudes demeurent. Des jeunes conservent encore illégalement des armes, compromettant la pleine consolidation de la paix.
Les communautés d’Amee et de Mahagi appellent l’État à accélérer la mise en œuvre du PDDRC-S (Programme de Désarmement, Démobilisation, Relèvement Communautaire et Stabilisation).
Le chef coutumier Dhekana Ayuba insiste :
« Notre souhait est de voir le processus de la Réserve Armée de Défense et celui du PDDRCS être accélérés. Si ces jeunes armés sont pris en charge, cela soulagera toute la population. »
La stabilité observée à Amee depuis le départ de la MONUSCO montre que les mécanismes communautaires de prévention et de dialogue peuvent être efficaces dans des environnements post-conflit.
Mais dans ce contexte de paix encore fragile, les populations demandent que les efforts de l’État se renforcent pour transformer cette accalmie en paix durable, au bénéfice de toutes les communautés de l’Ituri.
Jean-Tobie Okala












