Au deuxième jour de sa visite à Beni au Nord-Kivu, mardi 21 avril 2026, le chef de la MONUSCO, James Swan a rencontré les autorités locales, des membres de la société civile, des représentants de regroupements de femmes et de jeunes de la cité d’Eringeti. Il a martelé que le cœur du mandat de la Mission onusienne est la protection des civils.
«Tous les contingents de la MONUSCO sont là surtout pour les questions de la sécurité. Ça, c’est le mandat principal. La protection des civils, ça veut dire la sécurité», a expliqué James Swan.
Les femmes, premières victimes
Pendant de longues minutes, James Swan a écouté les préoccupations des membres de la société civile, des représentants de regroupements de femmes et de jeunes venus à sa rencontre.
«Ce sont les femmes qui sont les premières cibles des gens qui portent les armes illégalement. Elles sont violées. Il y a des grossesses indésirables. Elles ont un problème de trouver des biens de première nécessité. À vous de réfléchir comment vous pouvez continuer à les appuyer pour qu’elles trouvent la paix et la sécurité dans leur vie quotidienne», a déclaré la représentante des associations des femmes, Fabiola Kahindo Rehema.
Madame Kahindo a cependant reconnu que depuis environ une année, «les menaces à l’égard de la population ont sensiblement été réduites par les forces de sécurité gouvernementales et la MONUSCO présente ici».
«Les gens peuvent aller à gauche, à droite et rentrer sains et saufs. Quelque chose que nous apprécions», a-t-elle ajouté.
Le représentant des jeunes a abondé dans le même sens, expliquant que l’implantation d’une nouvelle base des casques bleus dans la zone a notamment permis aux jeunes conducteurs de moto – principal moyen de transport dans la région – de continuer à circuler jusqu’en début de soirée.
Mais Roger Kakese Kasereka a estimé que cela n’était pas encore assez, affirmant notamment que certains massacres de civils étaient commis à proximité des positions de casques bleus. Ce qui, selon lui, a jeté un trouble dans l’opinion, à l’origine des sentiments anti-MONUSCO constatés à certains moment parmi les jeunes dans la région.
Roger Kakese Kasereka a dit souhaiter une meilleure coordination entre l’armée, la police et la MONUSCO pour améliorer la situation sécuritaire.
L’épineuse question des déplacés

Pour sa part, le président de la société civile Eringeti, Rachid Maliro a abordé la question des déplacés et des retournés.
La dégradation de la situation sécuritaire en Ituri a contraint de nombreux ménages à trouver refuge à Eringeti. «Ça fait deux ans que cette population que nous avons accueillie manque à manger, à s’habiller. Nos chefs manquent comment [venir en aide à] cette population», a expliqué Rachid Maliro.
Ces familles viennent notamment de Mambasa et de Komanda, en Ituri, où l’activisme des groupes armés a conduit de nombreuses familles à s’enfuir. Ces déplacés vivent actuellement dans la précarité.
«Nous avons trois sites de vingt-cinq [familles] à qui ils manquent à manger. Pour trouver à manger, ils doivent aller au champ pour aider les autochtones. S’ils les aident avec des petits travaux de culture de feuilles de manioc, c’est en ce moment-là qu’ils vont trouver de quoi manger. Veuillez nous envoyer en urgence des ONG qui vont les aider en aliments et en non-vivres, ça va nous aider», a-t-il plaidé.
Par ailleurs, Rachid Maliro a sollicité l’installation d’une morgue à Eringeti. La seule morgue disponible dans la région est située à Ociha, une trentaine de kilomètres plus loin.
La sécurité, le mandat principal
James Swan a apprécié les échanges avec les représentants de la population d’Eringeti.
«Vu l’importance de Beni et les alentours y compris Eringeti pour la présence de la MONUSCO dans l’Est de la République, j’envisage d’avoir l’occasion de revenir assez régulièrement afin de poursuivre ces échanges en profondeur», a-t-il fait savoir.
Le chef de la MONUSCO a dit compter sur les participants à ces échanges pour assurer une meilleure communication entre la Mission et la population civile. Il a notamment reconnu des moments difficiles entre la MONUSCO et la population locale par le passé, saluant une meilleure compréhension à présent.
«Je reconnais qu’ il y avait de temps en temps des moments tendus, des moments houleux, entre la communauté et la MONUSCO. Cette situation n’est pas souhaitable de notre perspective. Ce n’est pas du tout le genre de relations que nous souhaitons la population, avec la communauté», a-t-il assuré.

Au sujet des demandes formulées par certains participants au cours des échanges, James Swan a dit comprendre les revendications de la communauté, insistant néanmoins sur le fait le retour de la sécurité allait assurer un climat plus propice à l’entreprenariat et au développement.
«Nous comprenons qu’il y a beaucoup d’autres revendications de la population et beaucoup d’autres demandes de la communauté. C’est bien compris. Nous espérons qu’avec les améliorations en sécurité que ça permettrait aussi un développement plus rapide des activités de l’ordre de l’entreprenariat, comme le transport des denrées agricoles. Nous espérons que la sécurité contribuera aussi au développement et au bien-être de la population», a-t-il expliqué.
Le chef de la MONUSCO a évoqué le travail des agences des Nations unies notamment sur les questions humanitaires.
«Je crois que pour une prochaine visite, on va être sûr d’être plus en mesure de vous parler de leurs activités», a-t-il promis. Mais James Swan a insisté que le cœur du travail de la Mission est la protection des civils.
«Tous les contingents de la MONUSCO sont là surtout pour les questions de la sécurité. Ça c’est le mandat principal. La sécurité. La protection des civils, ça veut dire la sécurité. En même temps, bien sûr, nous comprenons qu’il y a beaucoup d’autres revendications de la population et beaucoup d’autres demandes de la communauté. C’est bien compris», a-t-il souligné.
James Swan poursuit sa tournée dans l’Est du pays. C’est sa première depuis son entrée en fonction. Après Beni, il va se rendre à Bunia où il doit arriver ce mardi 21 avril dans la soirée.
Joël BOFENGO










