MONUSCO
Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo

À Nyakunde, les Casques bleus redonnent confiance aux communautés face à Ebola

In Nyakunde, Ituri, MONUSCO patrols are helping restore communities' confidence and revive the Ebola response. Health authorities are calling for a sustained presence to protect communities and ensure continuity of care.
À Nyakunde (Ituri), les patrouilles de la MONUSCO contribuent à restaurer la confiance des communautés et à relancer la riposte contre Ebola. Les autorités sanitaires plaident pour une présence durable afin de protéger les populations et les soins. ©MONUSCO

Nyakunde, le 22 juillet 2026 – La vie semble avoir repris son cours à Nyakunde, une localité du territoire d’Irumu, située à une quarantaine de km de Bunia, dans la province de l’Ituri. La Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) a déployé le 16 juillet une base opérationnelle mobile à Marabo, à proximité de Nyakunde. Pour les autorités sanitaires, le retour des patrouilles de la MONUSCO a créé les conditions nécessaires à la reprise de la riposte contre Ebola. Elles souhaitent désormais que cette présence s'inscrive dans la durée. Une semaine plus tôt, des violences avaient semé la peur, vidé le Centre de traitement d'Ebola de plusieurs de ses patients et interrompu une riposte déjà fragilisée.

Depuis la déclaration de la 17ᵉ épidémie d'Ebola en République démocratique du Congo, le 15 mai 2026, plusieurs centres de traitement ont été pris pour cible. Ces attaques ont perturbé la prise en charge des malades et compliqué les efforts des autorités sanitaires pour contenir la propagation du virus.

Les violences qui ont fait basculer Nyakunde

Le 15 juillet, soit la veille du déploiement de la MONUSCO, une succession d'événements a plongé la cité dans la peur.

Selon des sources médicales, une partie de l'enceinte du Centre de traitement d'Ebola avait été saccagée par plusieurs jeunes. Les manifestants protestaient contre le décès de l’épouse d'un combattant du Front patriotique et intégrationniste du Congo (FPIC), à l'Hôpital général de référence (HGR) de Nyakunde.

Quelques heures plus tard, la situation se détériore davantage avec l’assassinat de Kakani Tondabo, alias « Hérode », chef du FPIC, à Masiya-Mbandi, entre Marabo et Nyakunde. Les affrontements qui suivent coûtent la vie à cinq autres personnes. D’où l’installation, le lendemain, 16 juillet, d’une base opérationnelle mobile de la MONUSCO à Marabo.

In Nyakunde, Ituri, MONUSCO patrols are helping restore communities' confidence and revive the Ebola response. Health authorities are calling for a sustained presence to protect communities and ensure continuity of care.

À Marabo, le retour progressif au calme

Nous arrivons dans cette localité en milieu de matinée. Le ciel est couvert et les rues sont animées. Quelques motos-taxis circulent dans les rues. Devant les échoppes, les rares dispositifs de lavage des mains rappellent que l'épidémie est toujours là, même si le quotidien semble avoir repris ses droits.

À quelques mètres de la base de la MONUSCO, une dizaine d'enfants improvisent un match avec un ballon confectionné à partir d'herbes séchées. L'un d'eux s'avance fièrement : "Moi, c'est Mohamed Salah", lance-t-il en souriant.

Lorsqu'on lui demande ce qu'il sait d'Ebola, son sourire s'efface un instant. « On nous dit qu'il faut se laver les mains pour ne pas attraper la maladie. » Une réponse simple, qui témoigne des messages de sensibilisation diffusés dans les villages, mais aussi de la manière dont les enfants perçoivent encore cette épidémie.

Les Casques bleus rassurent les communautés

Sous escorte de la MONUSCO, il faut une trentaine de minutes pour rejoindre Nyakunde depuis Marabo. Sur place, les activités reprennent progressivement. Les étals se remplissent de nouveau ; les habitants et les équipes médicales reprennent leur travail. Mais le traumatisme demeure.

Pour Consolée Bongise, chargée de l'hygiène et de la décontamination à l'Hôpital général de référence de Nyakunde, le changement est visible.

« Après les violences, les habitants avaient fui vers Komanda ou Bunia. Aujourd'hui, grâce à la MONUSCO et aux FARDC, le calme est revenu. »

Le major indonésien Atiqur, chef de la base, observe que les habitants ont progressivement retrouvé confiance grâce aux patrouilles régulières. « Les habitants ont vite compris que nous étions venus pour contribuer au rétablissement de la sécurité et protéger le Centre de traitement d'Ebola. Aujourd'hui, nous sommes accueillis chaleureusement partout où nous passons. »

In Nyakunde, Ituri, MONUSCO patrols are helping restore communities' confidence and revive the Ebola response. Health authorities are calling for a sustained presence to protect communities and ensure continuity of care.

Un centre de traitement sous haute vigilance

Le Centre de traitement d'Ebola est situé en face de l'Hôpital général de référence. Impossible d'y entrer sans respecter le protocole sanitaire. Chaque visiteur s'arrête devant un dispositif de lavage des mains avant de passer un contrôle de température. Ensuite, on désinfecte les chaussures avec de l'eau chlorée. Les gestes sont devenus automatiques. Ici, chacun sait que la moindre négligence peut entraîner des conséquences.

Pendant notre visite, une femme présentant plusieurs symptômes compatibles avec Ebola est admise dans l'unité réservée aux cas suspects.

Un infirmier détaille la procédure. « Nous allons assurer un suivi clinique et réaliser un premier test. Si le résultat est négatif, un second prélèvement sera effectué quarante-huit heures plus tard. Si les deux résultats sont négatifs, la patiente pourra quitter le Centre. »

Le CTE dispose de trente et un lits. Le jour de notre visite, seuls sept sont occupés : cinq par des cas suspects et deux par des cas confirmés.

Pour le docteur Charles Kashindi, médecin directeur de l'HGR de Nyakunde, cette évolution traduit les effets conjugués de la sensibilisation communautaire et de l'amélioration progressive de la situation sécuritaire. « Il y a quelques semaines encore, nous recevions entre six et sept patients par jour. Aujourd'hui, nous en enregistrons deux ou trois. Les campagnes de sensibilisation commencent à produire leurs effets. »

Les soignants réclament une présence durable de la MONUSCO

Pour Maurice Bainga, infirmier épidémiologiste de terrain, les progrès réalisés resteront fragiles tant que la sécurité ne sera pas pleinement garantie.

« Entre deux patrouilles, on ne sait pas ce qui peut arriver. C'est pourquoi nous plaidons pour une présence permanente de la MONUSCO».

Pour les responsables sanitaires, la sécurité est désormais indissociable de la lutte contre Ebola. Sans elle, les campagnes de sensibilisation, le suivi des contacts ou encore la prise en charge des patients risquent d'être compromis.

« Redonner de l'espoir »

Dans cette partie de l'Ituri, où le Front patriotique et intégrationniste du Congo (FPIC)demeure actif, les Casques bleus restent en état d'alerte permanent.

Le capitaine Ary commande la patrouille qui nous accompagne à Nyakunde. Pour lui, la mission dépasse largement le cadre militaire. « Notre mission est de redonner de l'espoir à des communautés qui ont vécu des moments très difficiles. »

À Nyakunde, les habitants continuent d'apprendre à vivre avec la menace d'Ebola. Le lavage régulier des mains est devenu un réflexe pour de nombreuses familles.

Comme le rappelle Maurice Bainga, « l'eau et le savon restent des moyens simples mais extrêmement efficaces pour prévenir la maladie ».

Dans cette région où sécurité et santé publique demeurent étroitement liées, les autorités sanitaires voient dans la présence durable des Casques bleus un facteur déterminant pour consolider les progrès accomplis contre Ebola. Pour elles, seule une sécurité durable permettra aux communautés de retrouver durablement confiance dans les structures de soins.

 

- Jean-Tobie OKALA