Réunies le 11 août 2026 à Goma, Bukavu, Beni, Bunia et Kinshasa, quelque 120 membres d’organisations de la société civile ont réfléchi au rôle des femmes dans le mécanisme de suivi du cessez-le-feu en République démocratique du Congo. Les organisations féminines revendiquent une place concrète dans l’alerte précoce, la prévention des tensions, la remontée d’informations et la consolidation d’une paix durable. Elles ne veulent plus que les femmes soient cantonnées dans une «participation symbolique» qui les empêche d’être des «actrices de la paix».
Au terme du forum national consacré au mécanisme de suivi du cessez-le-feu, organisé dans la salle Kilima du bureau de la MONUSCO à Goma, avec des participantes connectées en visioconférence depuis Beni, Bunia, Bukavu et Kinshasa, des femmes de la société civile ont émis le souhait de peser davantage dans les mécanismes qui encadrent le processus de paix en RDC.
Avant cela, avec leurs camarades hommes de la société civile, elles ont, pendant une journée, discuté des processus de paix actuellement en cours notamment Doha et Washington ainsi que du mécanisme de suivi du cessez-le-feu et des possibilités de participation des femmes à ces différentes initiatives.
L’objectif du forum était également de renforcer les capacités des femmes afin qu’elles puissent mieux comprendre leur rôle et leur potentiel comme actrices de paix au sein de leurs communautés.
De victime à actrice
Les femmes paient un lourd tribut aux violences qui déchirent l’Est du Congo : violences basées sur le genre, violences sexuelles liées au conflit, déplacements forcés, perte des moyens de subsistance et insécurité quotidienne continuent d’affecter leur vie.
Mais elles refusent d’être uniquement perçues à travers le prisme de victimes. Elles revendiquent leur rôle dans la médiation, les alertes, les relais communautaires.
Dans les quartiers, les villages, les marchés, les écoles et les familles, les femmes sont souvent les premières à percevoir les changements dans l’environnement sécuritaire. Cette proximité avec les communautés représente, selon les participantes, une ressource essentielle pour prévenir les crises et renforcer le suivi du cessez-le-feu.
C’est notamment ce que pense Isabelle Pendeza, présidente du Collectif des associations féminines pour le développement (CAFED) :
« Le processus de paix doit impliquer les femmes, pas comme des fleurs pour embellir les tables de négociation, mais comme des actrices à égalité avec les hommes. ».
Selon elle, le cessez-le-feu ne peut être évalué uniquement dans les salles de négociation.
« Pour la femme de Goma, pour les femmes du Nord-Kivu, le cessez-le-feu doit se jouer chaque minute : au marché, au champ, à la maison, sur la route, dans les écoles », soutient Isabelle Pendeza.
Le rôle de la MONUSCO
Présidant ces assises, la Représentante spéciale adjointe du Secrétaire général, Vivian van de Perre, cheffe par intérim de la MONUSCO, a encouragé les participantes à faire de ces échanges une occasion de produire des propositions concrètes.
« À l’issue de ces travaux, vous aurez l’occasion de mettre en place un document de plaidoyer à remettre au leadership de la MONUSCO », a-t-elle déclaré, assurant que ce document serait examiné avec attention et partagé avec les différents partenaires concernés.
Elle a également salué le travail de la section Genre de la MONUSCO, du siège des Nations unies à New York et des partenaires engagés en faveur de la participation des femmes et des filles à la consolidation d’une paix durable.
Pour sa part, Nathalie Traoré Kone, de la section Genre de la MONUSCO, a rappelé que le rôle de la MONUSCO consiste principalement à apporter un appui « substantif et logistique » au mécanisme de suivi du cessez-le-feu.
Il a précisé que la MONUSCO n’est pas l’organe chargé de constater directement les violations du cessez-le-feu. La Mission onusienne soutient plutôt le mécanisme établi par les parties, notamment le mécanisme conjoint de vérification élargi.
« Sentinelles de la paix »
Malgré les difficultés, les femmes du Nord-Kivu affirment ne pas avoir renoncé à leur engagement. Dans les 18 quartiers de Goma, des femmes ont notamment mis en place un réseau d’ambassadrices de paix. Des médiatrices interviennent également dans la résolution de conflits communautaires, notamment dans les différends fonciers, qui constituent une part importante des conflits locaux identifiés par leurs structures. Fortes de cette expérience, elles ont formulé plusieurs recommandations pour rendre le suivi du cessez-le-feu plus efficace.
Elles demandent notamment l’institutionnalisation des réseaux de femmes médiatrices, ambassadrices de paix et du caucus des femmes ; la protection et l’écoute des femmes engagées sur le terrain ; la mise en place de mécanismes d’alerte précoce rapides, connectés aux organisations féminines et aux autorités ; ainsi qu’un financement accru de leurs initiatives.
La rencontre a suscité une forte adhésion parmi les participantes connectées depuis Goma, Bukavu, Bunia, Beni et Kinshasa par visioconférence. Toutes ont partagé leurs préoccupations, leurs expériences et leurs propositions pour renforcer leur implication dans le mécanisme de suivi du cessez-le-feu.
Mignone Zaina, de la Fondation Bester, s’est félicitée de cette possibilité de faire entendre la voix des femmes auprès d’experts des Nations unies et des différents acteurs impliqués dans le processus.
Elle a appelé à la mise en œuvre effective des recommandations issues du forum afin que les femmes de l’Est et de l’ensemble de la RDC puissent participer efficacement à la résolution des conflits qui endeuillent la région.
Les femmes qui ont participé à ce forum sont formelles : la participation de la femme aux différents processus de paix ne doit plus être considérée comme un supplément.
Jean-Claude Wenga














