Ituri : la lutte pour les droits des femmes se poursuit avec l’appui de la MONUSCO
En Ituri, le mois de mars a été marqué par une série d’actions en faveur des droits des femmes, menées avec l’appui de la MONUSCO et des agences des Nations Unies présentes dans la province. Sensibilisations, plaidoyers, débats : les manifestations se sont multipliées. Au fil des jours, des voix se sont fait entendre, appelant à dépasser les discours par des actions concrètes. Certaines femmes plaident même pour un changement de stratégie afin de ne plus être considérées comme un obstacle à leur propre épanouissement.
« Le premier problème c’est que nous-mêmes, en tant que femmes, nous nous dévalorisons. Nous doutons de nos capacités. Nous n’avons pas confiance en l’idée d’égalité ou en l’État de droit. Honnêtement, cette journée du 8 mars me fatigue car, chaque année, c’est la même chose : des réclamations, mais aucune action ». C’est ainsi qu’Augustine T. s’est exprimée le 28 mars 2025 à Bunia lors d’un échange organisé autour de l’égalité de genre et de l’autonomisation, en clôture du mois de la femme. La rencontre réunissait des membres du système des Nations Unies basés en Ituri, engagés dans la promotion des droits des femmes.

Elle donne le ton de ce que furent les échanges : animés, parfois vifs, à l’image d’un mois de mars marqué par une mobilisation intense en faveur des droits des femmes. Tout au long de ces 31 jours, la MONUSCO, par le biais de sa section du Genre, appuyée par la Police des Nations Unies (UNPOL) et les contingents de Casques bleus, a sillonné la province pour aborder des thématiques clés : autonomisation, émancipation, participation des femmes au processus de paix, égalité de genre, masculinité positive, entre autres. Au total, plus de 300 femmes ont été sensibilisées à Bunia, Gina, Komanda et Bogoro.
Engagement des femmes pour la paix
« Jamais rien sans les femmes » : ce slogan, repris par une ONG féminine, résume bien l’état d’esprit qui a animé les participantes en Ituri. Déterminées à contribuer à la construction de la paix, les femmes ont réaffirmé leur engagement à faire entendre leurs voix.
« La solution à la crise sécuritaire qui secoue l’Ituri passe par une prise de conscience des filles et fils de cette province pour mettre fin aux violences », ont rappelé des femmes venues des territoires de Djugu et d’Irumu, lors d’une journée de sensibilisation organisée par la section du Genre de la MONUSCO à Bogoro, à 25 kilomètres de Bunia. Pour ces leaders, la paix ne peut être durable sans l’implication active des femmes dans la recherche de solutions : « Ce ne sont pas des étrangers qui ramèneront une paix durable chez nous. La solution viendra de nous-mêmes, Congolais et Congolaises ». Elles prônent le dialogue, la « palabre » à l’africaine et le vivre-ensemble : des valeurs héritées de leurs ancêtres qui vivaient en harmonie avec les communautés voisines. Comme le souligne une habitante de Bogoro, dans le territoire de Djugu : « Nous voulons la paix. Lorsqu’un problème survient, asseyons-nous et discutons. Nous ne voulons plus de guerre, mais l’unité ».
À Gina et à Komanda, les femmes ont pris des engagements concrets en matière de protection des civils. Elles se sont mobilisées pour relayer les informations liées à la sécurité, notamment à travers les systèmes d’alerte précoce et les comités locaux de protection.

À Komanda en particulier, elles ont demandé à la MONUSCO d’intercéder auprès des autorités locales pour la nomination de points focaux « genre » dans chaque entité et pour leur inclusion dans les réunions restreintes du conseil de sécurité.
Eduquer… autrement les (jeunes) filles.
Parmi les principaux obstacles à la promotion des droits des femmes qui ont été soulevés, la question de l’éducation des jeunes filles est revenue avec insistance. Au nom de traditions encore bien ancrées, elles restent marginalisées, parfois même au sein de leurs propres familles où, poussés par la pauvreté et les normes sociales, certains parents préfèrent les marier plutôt que de les envoyer à l’école. « Une culture qui n’est pas conforme aux lois doit être rejetée. C’est le cas du mariage des enfants, encore toléré dans certaines communautés, mais qui compromet l’avenir des jeunes filles. Leur place est sur les bancs de l’école », s’est insurgée une participante à Bunia.
Les parents, ont rappelé plusieurs intervenantes, doivent être les premiers éducateurs, les premiers modèles afin d’apprendre à leurs enfants de nouvelles façons de voir le monde. « Les parents doivent changer de regard, de langage et éduquer autrement leurs enfants. Il est temps de changer en profondeur nos façons de penser, de parler et d’agir et, ce, au-delà de l’éducation scolaire des jeunes filles », propose une participante appelant également à dépasser les sempiternelles revendications du 8 mars.
Révolution de mentalités
Pour la MONUSCO, comme pour ces femmes et jeunes filles, l’émancipation passe par une remise en question collective, un engagement au long terme et une lutte quotidienne. Ainsi, la MONUSCO encourage les femmes d’Ituri à dépasser les obstacles personnels et collectifs qui freinent encore leur épanouissement : « Une paix durable en Ituri est impossible sans la participation effective des femmes et des jeunes filles. Ce sont elles qui donnent la vie et ce sont elles, bien souvent, qui en assurent la protection. Leur engagement à sensibiliser les différentes parties au désarmement des cœurs pour bâtir une paix véritable mérite d’être soutenu », souligne Alain Rubenga, de la section du Genre de la MONUSCO à Bunia.
Dans cette perspective, l’une des approches-clés portées par la Mission est celle de la masculinité positive. Elle vise à déconstruire les comportements hérités du patriarcat, qui limitent encore l’accès des femmes à leurs droits et à leur plein potentiel. « Les masculinités positives sont une alternative aux modèles toxiques qui empêchent de bâtir des familles solides et des relations équilibrées. Elles ouvrent la voie à un apprentissage mutuel entre hommes et femmes, essentiel à un développement véritablement inclusif », ajoute-t-il.
