Adama Dieng : « Il n'y aura pas de paix dans le Grand Kasaï sans la justice »

Adama Dieng : « Il n'y aura pas de paix dans le Grand Kasaï sans la justice »
23 juin 2017

Adama Dieng : « Il n'y aura pas de paix dans le Grand Kasaï sans la justice »

Le Conseiller spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour la prévention du génocide, Adama Dieng, est arrivé le mardi 20 juin 2017 à Kananga d’où il s’est rendu immédiatement à Tshikapa avant de retourner à Kananga pour une visite de deux jours.

A Tshikapa et à Kananga, le Conseiller spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour la prévention du génocide a échangé avec les autorités provinciales, la Société civile, les leaders religieux, les activistes des Droits de l’Homme et certaines victimes de la violence qui a commencé depuis août 2016, impliquant notamment la milice Kamuina Nsapu dans cette région autrefois oasis de paix.

Pas de paix sans justice

Lors de sa rencontre avec le conseil de sécurité de la province du Kasaï et du Kasaï Central, Adama Dieng a fait remarquer à l’assistance que si les violences perdurent dans le Grand Kasaï, cela pourrait constituer une menace pour la sous-région. C'est la raison pour laquelle l'ONU encourage le vivre ensemble de toutes les populations et ethnies car il y a encore un espace pour la pacification.

Dans ses efforts de prévention, Adama Dieng a rappelé aux autorités du Kasaï et du Kasaï Central que tous les responsables, quel que soit leur rang, devront un jour répondre de leurs actes devant la justice, sur les atrocités commises dans le Grand Kasaï. Pour lui, il faut lutter contre l'impunité dans le Grand Kasaï, car la paix passe par la justice et il n'y aura pas de paix dans le Grand Kasaï sans la justice, a-t-il rappelé.

Des efforts de sensibilisation pour le retour des populations

Les autorités des deux Kasaïs n’ont pas manqué de souligner leurs efforts pour ramener la paix. En effet, ils reconnaissent que les gens doivent se pardonner mais demandent à la Monusco de les aider pour aller porter les messages dans les zones reculées du Grand Kasaï.

Les milices sont avant tout des Congolais et il faut un dialogue entre tous les fils du Congo ; c’est pourquoi Adama Dieng apprécie à juste titre les initiatives de réconciliation déjà entreprises par les autorités des deux Kasaï, car le plus urgent est que la violence cesse.

Mettre un frein à  l’impunité

C’est dans ce contexte que le Conseiller spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour la prévention du génocide a rencontré et écouté des victimes dans les deux Kasaïs. Il leur a exprimé sa compassion et présenté ses sincères condoléances à ceux qui ont perdu des proches dans ces atrocités. Il  leur a également demandé de faire en sorte que l’impunité ne continue pas, en portant plainte contre X si nécessaire.

Difficiles conditions de vie et villages non sécurisés

Les représentants de la société civile ont pour leur part fait remarquer que les institutions actuelles en République Démocratique du Congo ont besoin d’être renouvelées et qu’il est nécessaire d’accélérer l’enrôlement des électeurs. Ils ont aussi plaidé pour une sensibilisation pour le retour des populations afin que celles-ci cohabitent ensemble avec les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) et la Police Nationale Congolaise (PNC), tout en démilitarisant la ville de Kananga notamment.

Ils ont cependant demandé à ce que la Monusco utilise ses moyens aériens pour sensibiliser les milices à déposer les armes et aider à acheminer les épreuves des examens de fin d’année vers les centres d'examens car les axes routiers ne sont pas sécurisés. Ils ont également sollicité le concours de  la Monusco pour l'organisation de forums dans les territoires des provinces du Grand Kasaï afin de contribuer à ramener la paix, tout en reconnaissant que la Monusco seule ne peut résoudre tous les problèmes des Congolais.

En effet, selon eux, les Kasaïens font face à de nombreuses difficultés dont notamment la pénurie alimentaire, le manque d’eau et d’électricité, le coût élevés des frais scolaires, le chômage ambiant mais également le rançonnement des pauvres agriculteurs par les forces de sécurité à des barrières illégales, lorsqu’ils vont vendre leurs maigres récoltes sur les marchés.

Adama Dieng a souligné la priorité pour la paix dans le Grand Kasaï.  Cependant,  il pense que la solution pour cette paix est entre les mains des Congolais avant tout.

Améliorer les conditions de vie des populations

En clôturant sa mission au Kasaï et au Kasaï Central,  le Conseiller spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour la prévention du génocide a demandé aux autorités d’ouvrir des enquêtes pour identifier les auteurs des crimes abominables qui ont été commis afin de les traduire en justice. Il a en outre rappelé que tout doit être mis en œuvre pour cicatriser les blessures et faire en sorte que la paix revienne afin que la réconciliation soit durable dans le Grand Kasaï.

A ce sujet, le représentant spécial a indiqué qu'il ne ménagera aucun effort pour accompagner les initiatives  relatives à la prévention. En effet,  les crimes n’apparaissent pas simplement du jour au lendemain mais ils ont toujours un sous bassement lié à la base à une frustration. Pour cela, la gestion constructive de la diversité doit être encouragée afin que personne ne soit exclu de l’accès aux ressources, à l’emploi, à la santé, à l'éducation.

« Lorsque l’on voit le nombre de jeunes diplômés au chômage, il y a là des sources de préoccupation, mais je reste confiant », signale Adama Dieng. Enfin, il a tenu à féliciter les gouverneurs par rapport aux mesures prises pour le dialogue, qu’il faut continuer car la dimension inter-ethnique commence à faire surface. A ce titre, il a fait observer que certains commencent à parler de « et nous ». « Non !, Ils sont tous des congolais ! Il faut  que tous  restent et vivent ensemble », a-t-il conclu.

 

Biliaminou Alao/MONUSCO